Kumi Now - Semaine 47 - L'Institut Arabe d'Education - La Tombe de Rachel


Kumi Now Semaine 47 : du 8 au 14 septembre 2019
L’Institut Arabe d’Éducation - La Tombe de Rachel

La Tombe de Rachel, au nord de Bethléem, est un lieu important au plan religieux tant pour les chrétiens que pour les juifs et les musulmans. Mais Israël a annexé illégalement le secteur de la tombe, l’a entouré d’un mur et en interdit l’accès aux Palestiniens. L’Institut Arabe d’Éducation (IAE) s’efforce de faire la lumière sur cette injustice et de rétablir l’accès pour tous. Voici ce qu’il vous faut savoir sur la situation et ce que vous pouvez faire pour que nous puissions nous lever (Kumi !) ensemble.
Organisation
L’Institut Arabe d’Éducation (IAE) est une organisation palestinienne pour la promotion de l’éducation et la construction de la paix et du dialogue en Cisjordanie occupée. Suite à sa création en 1986, il a été implanté au centre de Bethléem pour assurer à la jeunesse palestinienne des cours dans toutes sortes de domaines comme la programmation sur ordinateur, la gestion d'entreprise et les langues. En 2000 il est devenu une filiale de Pax Christi International, un mouvement catholique pour la paix. La principale réalisation locale de l'IAE est un réseau de quelque 30 écoles et 10 organisations de femmes dans les secteurs de Bethléem, d'Hébron et de Ramallah.
L'IAE fait appel à des bénévoles internationaux pour participer à son action en faveur de la paix. Il travaille en étroite collaboration avec des ONG palestiniennes, au niveau à la fois local et national, et tout particulièrement dans les domaines de l’éducation et des activités non-violentes.
Actuellement quelque 9 groupes forment l’ossature des activités de l’IAE : quatre groupes de femmes, quatre groupes de jeunes, et un groupe de parents et de familles. Les jeunes participent à divers projets soutenus essentiellement par des organismes de développement et des gouvernements européens. Fenêtres Ouvertes de l'IAE gère une Maison des Jeunes et une Maison d’Histoires du Soumoud dont les cours et les ateliers de formation veulent donner une information concrète sur l’identité et la réalité palestiniennes.
Depuis 2011, l’Institut Arabe d’Éducation a collé 270 grandes affiches résistantes aux intempéries sur le mur qui entoure la Tombe de Rachel à Bethléem. La plupart des affiches présentent de brefs récits de vie écrits par des jeunes et des femmes palestiniennes. Ces récits parlent des restrictions et des violations courantes des droits humains que subissent les Palestiniens, mais aussi de leur soumoud, mot arabe signifiant force intérieure, persévérance et résilience. L'ensemble des affiches constitue le ‟Musée du Mur”. Il est l'ultime élément de toute une série d’activités culturelles créatives entreprises depuis 2008 et inspirées par des initiatives prises dans d’autres villes déchirées par un mur comme Berlin et Belfast.
A noter que les guillemets autour du nom du ‟Musée” sont intentionnels. Car le musée n’a pas vocation à être permanent. Notre espoir au contraire est que les histoires du ‟Musée du Mur” vont contribuer à fissurer ce mur et à le faire s'écrouler. En d’autres termes, nous espérons que le ‟Musée du Mur” aura un tel succès qu’il finira par se détruire lui-même.
Issus de diverses périodes, les récits suggèrent une évolution historique qui laisse entrevoir la possibilité d’un changement, même dans la vie quotidienne de toute personne. Au cours de ces dernières années, l'IAE a étendu le ‟Musée du Mur” à des secteurs proches du camp de réfugiés d’Aïda, à l’ouest de la Tombe de Rachel, avec des photos et des récits pleins de vie sur des jeunes, et des histoires d’enfants. Récemment nous avons aussi demandé à de jeunes et à des femmes palestiniennes de réaliser des peintures en atelier pour exprimer leurs aspirations à la liberté et à la paix. Ces peintures sont maintenant exposées sur 50 nouvelles affiches qui présentent 50 visages de l’occupation et 50 expressions de soumoud, en commémoration des 50 ans d’occupation l’année dernière.
Le ‟Musée” n’appartient pas seulement à la communauté locale mais touche aussi un large cercle international. Les affiches sont sponsorisées par des personnes ou des institutions d'autres régions du monde. Le Programme Œcuménique d’Accompagnement pour la Paix en Palestine et Israël (EAPPI) du Conseil Œcuménique des Églises a soutenu le ‟Musée” par le simple fait de la présence de ses volontaires lors du collage des affiches.
Vous pouvez trouver l'IAE sur son site web http://aeicenter.net/, ou joindre son groupe Facebook sur https://www.facebook.com/groups/146586100662/ ou le trouver sur YouTube à https://www.youtube.com/user/aeiopenwindows1, ou encore contacter directement l’organisation par son adresse e-mail info@aeicenter.org.

La situation
Le voisinage de la Tombe de Rachel, lieu de pèlerinage pour les musulmans, les chrétiens et les juifs et situé en Cisjordanie occupée, était dans le passé l’un des plus vivants de Bethléem. La route d’Hébron reliait Jérusalem à Bethléem et sa partie nord était la plus vivante de la ville. C’était l'entrée de Bethléem quand on venait de Jérusalem. Et là les visiteurs choisissaient soit la direction d’Hébron soit la route qui menait à l’Église de la Nativité.
La réalité est toute autre aujourd’hui. Au cours des années 90, la Tombe de Rachel s'est transformée en forteresse militaire israélienne à proximité immédiate de l’imposant 'checkpoint Jérusalem-Bethléem'. L'endroit est ainsi devenu le lieu de concentration des manifestations palestiniennes, en particulier au cours de la deuxième intifada qui a commencé en septembre 2000. Deux années plus tard, Israël annexait à Jérusalem le secteur de la Tombe. Au cours des années 2002-2005, Israël l'a entouré de murs et a ouvert un parking à proximité. La Tombe est devenue territoire interdit pour les habitants de Bethléem. Depuis 2000, pas moins de 64 boutiques, garages et ateliers ont fermé leurs portes le long de la route d’Hébron. Pas seulement à cause des combats, des tirs et des bombardements qui se poursuivaient tout au long de la deuxième intifada, mais aussi parce que le mur avait fait de cet endroit un lieu de désolation. Les gens se rappellent que les parents mettaient en garde leurs enfants pour qu'ils ne se rendent pas dans le secteur avec son imposant mur de béton de 8 à 9 mètres de haut : presque deux fois la hauteur de l’ancien mur de Berlin.
Deux histoires
“Hug”
Lors de la première intifada, les chars israéliens se tenaient devant notre maison. Nos jeunes gens devaient passer par ici pour rejoindre leur lieu de travail à Jérusalem. Les soldats avaient l’habitude de les arrêter et de les faire attendre. Ils devaient quelquefois se tenir là des heures durant, à regarder le mur de notre maison. Un jour les soldats ont arrêté deux jeunes gens. Nous ne pouvions pas entendre ce qui se disait, mais les soldats se sont mis à les frapper. Soudain, une femme est venue de la rue en criant et en hurlant. Nous l’entendions dire que les jeunes gens étaient ses enfants. Elle les a étreints et a demandé aux soldats ce qu’ils voulaient. Elle a ainsi sauvé les jeunes gens qu’en réalité elle ne connaissait pas.
                                                                                                                   Melvina, de Bethléem.
“Sauvetage”
Durant la seconde Intifada, la jeune Palestinienne que j’étais était enceinte de quatre mois. J’ai perdu mon bébé à cause des gaz lacrymogènes israéliens. J’étais terriblement déprimée car c’était ma deuxième fausse couche. Une semaine plus tard, j’ai consulté un médecin à Jérusalem pour un check-up. En sortant de la clinique, j’ai vu juste à côté un enfant israélien qui jouait imprudemment en haut d’un escalier mécanique et risquait de tomber. Toutes sortes de pensées me traversèrent l’esprit. Allais-je l’abandonner et le laisser mourir comme les soldats israéliens avaient laissé mourir mon fils une semaine plus tôt, ou devais-je désespérément tenter de l’empoigner ? Tout d’un coup, j’éprouvai comme une pulsion qui me fit me précipiter en avant. Je me suis jetée au-devant du gamin et l'ai empêché de tomber.
                                                                                                                   Sylvana, de Bethléem.
Action
Faites une copie de l’une des histoires du ‟Musée du Mur” (images sur http://aeicenter.org/?p=413) et collez-la sur un mur de votre école ou de votre commerce. Pour attirer l’attention, joignez-y une formule du genre ‟RIP, Rachel” Ou diffusez l’une des images sur votre mur Facebook. Ajoutez simplement : ‟RIP, Rachel” et expliquez que RIP veut dire ‟Repose en Palestine”.
Prenez une photo de votre propre ‟Musée du Mur” et diffusez-la sur les médias sociaux avec un lien vers cette page du site web de Kumi Now et les hashtags #RIPRachel, #StoptheWall, #KumiNow, et #Kumi47.
Un texte : “Storyland” (Pays d'histoires), de Lorraine Adams.
La Bethléem de “O Little Town of Bethlehem” (Ô petite ville de Bethléem, un chant de Noël très connu dans le monde anglophone) n’est plus. Son auteur était venu à cheval de Jérusalem à Bethléem en 1865. Il lui avait fallu deux heures pour faire les dix kilomètres que l’on parcourt en vingt minutes aujourd’hui. Encore qu’il faut quatre fois ce temps aux Palestiniens pour traverser tous les checkpoints et emprunter la route pleine de détours qui longe le Mur.
Vous devriez écouter une autre histoire sur Bethléem. Elle se trouve dans la Torah et parle de Rachel. Rachel commença à avoir des contractions sur le chemin qui venait de Jérusalem, et ‟Rachel mourut et fut enterrée sur la route d'Ephrata, c'est-à-dire Bethléem” (Genèse 35.19). Mais avant que son âme ne la quitte l’accoucheuse lui dit qu’elle avait donné naissance à un fils. C'était une consolation. Ce n’est pas grand 'chose comme histoire ? Il y a plus encore : il existe un ancien commentaire, un midrash, qui brode sur cette histoire et ajoute que son autre fils, Joseph, a prié sur sa tombe lorsqu’il était en route pour devenir esclave en Égypte : ‟Mère, ma mère qui m’a donné naissance, réveille-toi, lève-toi et vois ma souffrance.” Et Rachel répondit : ‟Ne crains pas. Va avec eux, et Dieu sera avec toi.”
Nous sommes le 9 juin 2016, et je suis en route vers la Tombe de Rachel. Je viens de Jérusalem, tout comme elle. Je suis dans une Kia et j’ai trouvé un guide qui se dit anarchiste et ancien soldat des Forces de défense israéliennes…
Quand nous approchons de Bethléem, je vois le Mur se dresser devant nous. Je ne peux m'empêcher de ressentir le même sentiment d’appréhension et de stupeur que cinq années auparavant. Ce côté du mur autour de Bethléem est vierge de tout graffiti. Après un virage nous avons tout d’un coup le Mur de deux côtés. Je suis dans un canyon de béton. Les virages se suivent et nous arrivons à un carrefour d'où partent trois voies. Nous sommes arrivés. 
Il y a beaucoup d’enfants. Et des soldats, qui doivent avoir au moins 18 ans mais qui me semblent en avoir plutôt 16…
Je ne peux pas voir la tombe. Elle est derrière une forteresse qui sort du mur. Mon guide indique un gribouillis rouge sur la carte : un cimetière musulman et un camp de réfugiés nommé Aïda. Je regarde à nouveau la scène sur le terrain. Tout cela – la route spéciale, le canyon emmuré, le carrefour emmuré, et les soldats – : ainsi les écoliers israéliens pourront se rendre à la tombe d’une femme qui, dans leur esprit, symbolise la mère la plus sacrée du judaïsme, et le faire sans être agressés par des enfants palestiniens qui lanceraient des pierres sur eux. En fait les choses ne sont pas si simples, selon les politiques, les diplomates, les analystes militaires, les historiens, les théologiens et les analystes de la culture. Et en même temps elles sont aussi simples que cela.
Voyons donc à quoi ressemble cette tombe. Je passe par la porte réservée aux femmes. Au premier abord je ne vois qu’une petite pièce avec des femmes assises sur des bancs, de petits livres de prières dans les mains et marmonnant en hébreu. Une ou deux d’entre elles ont la tête rejetée en arrière, et les pages du petit livre reposent sur leurs visages, leur couvrant les yeux, le nez et la bouche. Certaines sont debout devant un mur perforé et prient avec une intensité telle qu’on a l’impression que les petits livres vont se mettre à voler. À travers le mur je vois un sarcophage couvert de satin blanc. Certaines des femmes me rappellent les Mennonites, ces Hollandais simples de Pennsylvanie que j'ai du côté paternel de ma famille. Elles portent des turbans qui ressemblent à des bonnets, de longues jupes froncées et des tabliers de travail. Certaines prient pour avoir des fils comme le fit Rachel après avoir été longtemps sans enfant. Quoi qu'il en soit, tout comme pour la mangeoire de Jésus, il n'est pas sûr que c'est ici que Rachel a été enterrée. Certains archéologues pensent qu’elle l'a été au nord de Jérusalem, près de l'endroit aujourd’hui appelé al-Ram…  
Je suis juste à côté du camp d’Aïda à Bethléem… de l’autre côté du mur. Il y a un panneau métallique dans le mur ; lorsque les soldats le lèvent par télécommande, vous vous trouvez à la Tombe de Rachel. Des garçons du camp d’Aïda viennent manifester ici de temps à autre. Je lève les yeux et je vois des caméras. Des soldats sont installés à Jérusalem et surveillent ainsi les gamins. Quand il le faut, ils utilisent un petit canon fixé au sommet du mur près du fil électrifié pour les arroser d'un liquide qu'on appelle de la mouffette. J’ai fait l’expérience de son odeur sur un chemin de terre au nord d’ici où des garçons ont l’habitude de manifester. Cela sent les égouts et le soufre et, ce n'est pas une surprise, la mouffette. La société israélienne de recherche et de développement Odortec l’a développé en coopération avec le département de police israélien pour remplacer ‟les méthodes conventionnelles, qui vont de la force physique aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau.” Le site web de la société dit que ce n’est pas toxique, que c’est biologique, …et buvable. 
J’ai un guide palestinien maintenant. Il est grand, grisonnant et a l'air distingué. Avec son polo blanc rentré dans le pantalon, il me fait penser à un professeur. Il me dit qu’il marchait dans cette rue lors de la manifestation hebdomadaire du vendredi lorsqu’il a été arrosé à la mouffette. Il ne lançait pas de pierres, il se rendait à un magasin. Il lui a fallu trois jours et de multiples douches pour libérer son corps de la puanteur. Il dit cela tout simplement, pas comme quelqu'un qui se plaint. Alors que nous marchons, il me dit aussi qu'il n’est pas vraiment sûr que les soldats israéliens préfèrent la mouffette au gaz lacrymogène : ‟Je suis allé sur YouTube et j’ai vu une vidéo où ils disaient : ‘Nous allons vous asperger de gaz lacrymogènes jusqu’à ce que vous mouriez tous, enfants, femmes et vieillards.’ Et ainsi de suite. Je les entends moi-même dire cela. C'est cela le genre de guerre que nous connaissons ici.”
Extraits de ‟Storyland” de Lorraine Adams, romancière américaine et journaliste Prix Pulitzer. Ce chapitre figure dans ‟Kingdom of Olives and Ash” (Royaume d’olives et de cendres). Édité par Michael Chabon.
Ressources (en anglais)
Vous pourrez trouver d'autres histoires sur http://aeicenter.org/?p=413.
Vous pouvez aussi regarder une vidéo de 9 minutes sur le “Musée du Mur” : sur https://vimeo.com/143457242.
Un montage sur l'affiche de l'une des histoires, “Le pigeon” : très belle histoire d'un enfant écrite par quatre jeunes de Bethléem : https://www.youtube.com/watch?v=TDtMYELs5L8.
L'Institut arabe d'Éducation dispose aussi d'un dossier d'information sur le secteur de la Tombe de Rachel et les activités de la Maison d'histoires sur le Soumoud.



Traduit par les Amis de Sabeel France

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