Vague de prière pour le jeudi 19 mars 2026

Samedi dernier, Sabeel a organisé une célébration interreligieuse qui a réuni des voix juives, musulmanes et chrétiennes de Terre sainte et d’ailleurs. Ce temps de célébration a été un moment de réflexion et de prière auquel participaient plus de 220 personnes du monde entier, qui ont renouvelé leur engagement en faveur d’une paix enracinée dans la justice. Sabeel Jérusalem a publié à cette occasion une déclaration en réponse à la guerre qui se poursuit et qui ne cesse de s’intensifier dans toute la région. Vous la trouverez sur son site internet.

Dieu saint, en ce temps de désespoir, nous te remercions pour la magnifique présence de ton Esprit Saint que nous avons pu vivre dans ce rassemblement communautaire de prière et d’espérance. Continue à nous unir ainsi comme un vaste mouvement de libération, un mouvement fraternel et ouvert, qui veut agir à l’échelon du monde entier. Seigneur, aide-nous à vivre l’amour et la solidarité d’une manière qui puisse mettre un terme à la violence des empires. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Le nombre de personnes qui ont dû être déplacées à l’intérieur du Liban a dépassé les 700 000 alors qu’Israël continue à bombarde des quartiers et des villes du Liban. De nombreuses familles déplacées qui n’ont pu trouver un abri dans les écoles ont transformé leur voiture en abri de fortune, et l’ont recouverte d’une bâche pour se protéger de la pluie. Dans l’ensemble du Moyen-Orient, au moins 2 000 personnes ont été tuées depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février.

Dieu des opprimés, tu sais bien ce que c’est que de chercher un refuge loin de la violence et de la puissance des empires. S’il te plaît, protège tous ceux qui sont victimes de déplacements forcés et qui sont confrontés aux tortures et à la mort. Que les opprimés sachent que tu les aimes, car « Le Seigneur ton Dieu ne te délaissera pas, il ne t’abandonnera pas » nous disent les Écritures (Deutéronome 31,6). Nous prions pour que, tous, nous soyons délivrés du joug de l’oppression. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Déclaration de Sabeel, mars 2026

Déclaration du Centre œcuménique de Théologie de la Libération Sabeel

Jérusalem, mars 2026 

 

« Martelant leurs épées, ils en feront des socs… on ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre. » – Ésaïe 2.4 

Nous, le Centre œcuménique de théologie de la libération Sabeel, nous nous adressons à vous depuis Jérusalem, une ville qui subit l'occupation et les ravages de la guerre depuis des générations. Nous prenons la parole comme chrétiens palestiniens qui croient sans réserve que la violence n'est jamais une solution. En dépit de toutes ses imperfections, c’est le droit international qui demeure le seul cadre que l'humanité ait réussi à bâtir pour protéger les faibles contre les forts. Nous aspirons à des gouvernements qui respectent ce droit et qui s’engagent pour le respecter, et ne le considèrent pas comme une simple commodité.

Nous ne nous faisons pas la moindre illusion sur le monde dans lequel nous vivons : un monde de dirigeants corrompus et avides de pouvoir qui gouvernent en instrumentalisant la haine et la peur, que ce soit à Téhéran ou à Tel-Aviv, à Washington ou à Riyad, à Ramallah ou ailleurs encore. Nous publions cette déclaration pour condamner la guerre illégale, et qui aurait pu être évitée, que les États-Unis et Israël mènent contre l’Iran, et pour appeler les peuples de cette région et ceux du monde entier à adopter un regard vers des horizons plus nobles.

En tant que Sabeel, nous appelons par leur nom les réalités suivantes :

1.  Un pacte rompu. Quelques heures seulement avant que ne tombent les premières bombes le 28 février 2026, le ministre des Affaires étrangères d'Oman annonçait une avancée majeure : l'Iran avait accepté une vérification complète par l'Agence internationale de l'énergie atomique et s'était engagé à ne jamais constituer de stocks d'uranium enrichi. La paix était à portée de main. Mais les frappes ont eu lieu quand même. On ne peut appeler cela une stratégie. C’est la destruction délibérée de toute diplomatie. Nous l’appelons pour ce qu’elle est : un échec moral aux proportions historiques.

2.  Une guerre illégale. Ces attaques ont violé la Charte des Nations Unies, qui interdit le recours à la force contre un autre État sans autorisation du Conseil de sécurité ou sans motif de légitime défense. L'Iran n'attaquait aucun des deux États. Aux États-Unis, la guerre n'a pas non plus été autorisée par le Congrès. Il faut que les lois qui protègent les faibles s'appliquent à tous sans distinction. Lorsque de grandes puissances se placent au-dessus de la loi, le message adressé à tout oppresseur en herbe est clair : la force est la seule loi qui compte. Nous rejetons cela avec toute la force de notre foi.

3.  L'image de Dieu a été profanée. Des enfants tués lors de frappes contre des écoles. Des patients tués dans des hôpitaux. Chaque vie fauchée est une profanation de l'image de Dieu. Les chrétiens palestiniens n'ont pas besoin qu'on leur explique à quoi cela peut ressembler que de voir des enfants sous les décombres, car nous avons vécu cela à Gaza. Toute idéologie ou théologie qui nie la présence de Dieu en toute créature vivante doit être combattue et éradiquée.

4.  La guerre comme source de profit. La théologie de la libération nous invite à nous poser des questions sur les bénéficiaires. Les 100 premières heures de la guerre ont coûté environ 3,7 milliards de dollars. Les actions des fabricants d'armes ont grimpé en flèche. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril, ruinant les nations les plus pauvres du monde qui n’ont pas été consultées dans ce conflit. Les pauvres paient de leur sang et de leur pain tandis que les riches comptent les profits qu’ils en tirent. Nous dénonçons ce péché structurel de colonialisme qui a engendré des économies fondées sur la seule exploitation et la mort organisée des populations du Sud global.

5.  Une histoire de catastrophes. La guerre en Irak en 2003 a été présentée comme une guerre de libération, mais elle a détruit l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde et réduit le nombre de ses membres de 1,5 million à moins de 300 000. La révolution iranienne de son côté était en partie une réaction au coup d'État de 1953 soutenu par la CIA. Les fruits des interventions militaires occidentales dans cette région du monde ont été, et avec une terrible constance, le chaos, les extrémismes et la disparition des communautés les plus anciennes. Nous en vivons les conséquences. Vous ne pourrez pas instaurer un Moyen-Orient stable par la force de vos bombes.

6.  L’Église vidée de ses ressources. Chaque intervention militaire occidentale majeure a été suivie de persécutions contre les chrétiens du Moyen-Orient. Lorsque des États s’effondrent, ce sont des extrémismes qui comblent le vide, et les minorités sont les premières à en payer le prix. Les chrétiens occidentaux qui donnent leur bénédiction à des présidents qui déclenchent ces guerres doivent prendre conscience de ce pour quoi ils prient : la destruction de leurs propres frères et sœurs qui vivent sur la terre où Jésus lui-même a marché. L’Église d’ici a besoin que l’Occident écoute et s’arrête et, comme l’a déclaré Kairos Palestine, qu’il « reconsidère des théologies qui soutiennent la guerre, l’occupation et l’injustice ».

7.  Deux théologies. Cette guerre révèle une cassure et un affrontement profond entre une théologie de la domination modelée sur un pouvoir de style colonial et une théologie palestinienne de la libération qui est enracinée dans la figure du Serviteur souffrant et inspirée par un Christ exécuté par les forces de l'empire. Sabeel se range du côté de la croix, non du côté des missiles. Nous appelons chaque Église qui est restée silencieuse à se demander : « Quelle théologie vivons-nous nous-mêmes ? ».

Vague de prière pour le jeudi 12 mars 2026

Le conflit au Proche Orient s'est encore étendu et intensifié la semaine dernière. Les attaques israéliennes contre le Sud Liban et Beyrouth ont forcé plus de 300 000 personnes à fuir et en ont tué plus de 200. En Iran, les frappes américano-israéliennes ont ciblé cinq dépôts stratégiques de carburant dans la capitale Téhéran, provoquant un écocide et un désastre environnemental. Plus de 9 millions de personnes ont alors été exposées à des produits chimiques toxiques et à des retombées chimiques suite à d’énormes incendies. Plus de 1 000 civils iraniens ont été tués par les frappes américano-israéliennes, et 10 civils israéliens ont été tués par les frappes iraniennes.

Dieu saint, nous partageons le désespoir du psalmiste : « Pourquoi, Seigneur, rester éloigné et te cacher dans les temps de détresse ? » (Psaume 10,1). Et comme lui, nous continuons à croire que « Tu exauces le désir des humbles, tu rassures leur cœur, tu prêtes une oreille attentive pour faire droit à l’orphelin et à l’opprimé, et on ne continuera plus à terroriser l’homme issu de la terre » (Psaume 10,17-18). Nous t’implorons, Seigneur, pour un cessez-le-feu immédiat. Délivre-nous du joug de l’oppression. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Le 8 mars était la Journée internationale des femmes. En Palestine, le vécu des femmes est indissociable du contexte global de la lutte palestinienne pour la libération, et de la résistance contre des violences coloniales qui perdurent. On estime à plus de 28 000 le nombre de femmes et de filles palestiniennes à avoir été tuées par Israël à Gaza, et à plus de 78 000 celui des femmes et des filles à y avoir été blessées. Ce sont les femmes également qui portent la plus large part du fardeau de la prise en charge d'une communauté endeuillée. Et alors que la guerre s'intensifie dans notre région, ce sont elles encore qui en subissent les conséquences les plus graves, subissant des formes multiples de violence, celles d’un système patriarcal conjuguées à celles d’un oppresseur extérieur.

Dieu de Marie, nous prions pour toutes les femmes, et plus particulièrement pour les femmes palestiniennes qui sont victimes de multiples formes de violence et de déshumanisation, perpétrées à la fois par leur propre société et par l'occupation militaire qui est imposée à tous. Libère-les de l’oppression qu’elles subissent, donne-leur des moyens d'agir, et aide-nous tous à incarner leur soumoud (résilience) et leur courage là où nous passons à l’action pour démanteler toutes les structures d'inégalité et de violence qui existent dans notre monde. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Des extrémistes juifs israéliens installés en Cisjordanie occupée ont profité de la diversion due à la guerre entre Israël et l’Iran pour intensifier leurs attaques et leurs actes de violence contre les communautés palestiniennes de Cisjordanie. Depuis le début des hostilités avec l'Iran, des colons israéliens y ont tué huit personnes.

Dieu de justice, tu connais l'étendue des souffrances endurées par nos frères et sœurs en Cisjordanie et à Gaza. Nous te demandons d’intervenir pour mettre fin à ce cycle de violence et de haine engendré par le colonialisme de peuplement. Donne-nous le courage d'être des agents de ta bonté et de ta lumière en poursuivant notre combat pour la justice et l’obligation de rendre compte des actes que l’on a commis. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.