APPEL DE PÂQUES 2026
Introduction
Pâques à une époque où le christianisme est menacé d’extinction en Palestine
Samedi saint représente dans le récit des évangiles l’un des moments de plus profonde obscurité et de plus grande incertitude : c’est le temps entre la crucifixion et la résurrection. Pour nous Palestiniens, ce « samedi » s’étire sur des décennies et est marqué par d’incessantes souffrances imposées par un nettoyage ethnique qui n’a cessé de progresser, par la violence des colons, l’expansion des colonies, la confiscation des terres et l’indifférence voire la complicité pure et simple de gouvernements du monde entier. Il est clair désormais que les attaques contre les communautés chrétiennes palestiniennes, tout comme contre les villes à majorité musulmane, ne sont pas des incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une réalité systémique plus large orchestrée par le gouvernement israélien.
Cet Appel de Pâques, qui est un cri du cœur de plus lancé par les chrétiens palestiniens, invite l’Église universelle à passer des pensées et des prières à une solidarité active. Il est aussi un message pastoral adressé à nos fidèles, à l'inébranlable peuple palestinien. Il est un message qui nous appelle à rester fermes sur notre terre, à célébrer notre identité à la fois chrétienne et palestinienne, et à protéger notre patrimoine et nos lieux saints.
Car la menace existentielle qui pèse sur la présence chrétienne palestinienne en Terre Sainte est bien réelle. Les 58 ans d’occupation de notre terre par Israël, et maintenant la prise de contrôle du nord de Gaza ainsi que l’annexion de portions toujours plus vastes de la Cisjordanie, ont accéléré l’émigration en raison des difficultés économiques, de l’insécurité, des saisies de terres et de la violence qui en découlent. En termes simples, l’espace physique et démographique dont disposent les chrétiens du pays ne cesse de se réduire.
Les réflexions qui suivent, et qui sont centrées sur les villes historiques de Taybeh, de Beit Sahour et sur Gaza-Ville, sont un message d’alerte qui dit qu’une présence chrétienne permanente en Palestine n’est plus garantie aujourd’hui.
Mais malgré notre vécu d'un Samedi saint qui n’en finit pas et de tout ce qu'il nous coûte, nous croyons que le Dimanche de Pâques arrivera. Le dimanche de la résurrection après toutes les morts que nous traversons. Notre document « Kairos Palestine II Un moment de vérité, La foi en un temps de génocide » ne se contente pas de décrire en détail l’actuelle réalité de génocide, de colonisation et de nettoyage ethnique que nous connaissons. Il proclame également notre « espérance en celui qui est le Dieu des pauvres, des opprimés et des écrasés ». Il est une affirmation de notre « foi en un Dieu saint et juste ».
Nous vous invitons à partager dans votre propre contexte les témoignages qui suivent pour le Jeudi saint, le Vendredi saint et le Samedi saint et qui reflètent, chacun à sa manière, les réalités vécues par les communautés de Taybeh, de Beit Sahour et de la ville de Gaza. Cet Appel se veut une expression vécue du document Kairos II : une foi en la résurrection qui refuse le silence face à l’injustice.