Les chrétiens et la Palestine. Déconstruire une lecture
sioniste de la Bible. Conférence de Danielle
Vergniol, AG ADSF 20250906
Avant de commencer…
Pour
aborder ce sujet difficile et délicat, je me suis avant tout replongée dans la
recherche de la compréhension des mots, et l’exégèse de certains textes
bibliques qui m’empêchent, personnellement, de « tomber » dans une
lecture dite « sioniste » de la Bible. Je précise aussi que je trouve
parfois lamentable les raccourcis qui font confondre pour certains
« antisionisme » et « antisémitisme ». Dans les propos que
je vais partager, il ne s’agit nullement d’être « anti » quoi que ce
soit. Il s’agit plutôt de réfléchir, de revoir comment on peut se tromper,
comment on peut mettre en doute la parole d’autrui, comment on doit, jour après
jour, année après année, voire siècle après siècle, repenser le sens des termes
que nous employons… C’est pourquoi, même si c’est superflu pour certains
auditeurs/auditrices ou lectrices/lecteurs, j’ai voulu rappeler le sens et
l’histoire de certains termes, pour nous permettre, si possible, de comprendre
les différents courants qui ont émané de la lecture de la Bible, à différentes
époques et dans différents milieux. Je ne prétends pas arriver à une
conclusion, je voudrais seulement que nous puissions, par ces quelques pistes,
réflexions et reprises de certains textes, approfondir notre analyse et nous
permettre d’entrer en débat les uns avec les autres, et en particulier avec
ceux qui, de mon point de vue, suivent aveuglément quelques versets bibliques
pour défendre telle ou telle action politique, voire militaire.
Les chrétiens et la
Palestine : Déconstruire une lecture sioniste de la Bible.
Exégèse du titre proposé pour cette conférence.
Le titre
choisi pour notre réflexion est paradoxal… Pourquoi ? Nous allons le
découvrir -j’espère- petit à petit en décortiquant les mots et les idées autour
de cette thématique : à la fois « sionisme » et
« lecture », « Bible », « chrétiens » et
« Palestine ».
Disons
d’emblée que la Bible n’est pas la propriété des chrétiens, le premier et le
second testament appartiennent à l’humanité tout entière, même si à l’origine,
oui, le premier testament est la Bible des Juifs, le second raconte l’histoire
qui a mené au christianisme, lequel a gardé la lecture de l’ancien testament,
comme on dit encore parfois.
Ma vision de Jérusalem.
J’ai fait
de nombreux séjours en Israël-Palestine, le plus long mais surtout le plus
vivant a été mon engagement à l’appel du Conseil Œcuménique des Églises, dans
le cadre du « Programme d’accompagnement œcuménique en Palestine et
Israël » (EAPPI) à Hébron pendant trois mois. Cela m’a permis une
immersion dans la vie quotidienne mais également une lecture-relecture
quotidienne des Écritures. Un psaume en particulier m’a accompagnée, le psaume
24 tel qu’on le chantait dans l’Église réformée de France : « La
terre au Seigneur appartient, La terre et tout ce qu’elle contient ». Ceci
pour dire que, quelle que soit la beauté de Jérusalem et de ses vestiges,
malgré tous les enjeux auxquels elle a à faire face, elle n’est qu’une ville
qui a eu ses heures de gloire dont on peut -on doit ?- se souvenir avec
humilité, passion ou tristesse, mais pas davantage, si l’on croit que Christ
est ressuscité et qu’il a envoyé ses disciples prêcher jusqu’aux extrémités de
la terre.
Rappel des origines du sionisme
Sionisme
chrétien : c’est un terme relativement nouveau en français. Pour les
personnes un peu éloignées de la pratique religieuse quelle qu’elle soit, le
terme de « sionisme chrétien » n’évoque pas grand-chose, voire rien
du tout. En revanche, ces personnes ont peut-être entendu le terme
« zionism » en anglais… Cela s’explique par les origines du sionisme
sur lesquelles je vous propose de revenir un instant.
« Sionisme » :
le terme apparaît au XIXème siècle avec le travail de Theodor Herzl,
considéré comme le père du sionisme politique, même si la tendance existait
bien avant. Qui est-il ? Ce qu’on pourrait appeler un « juif
intégré », pas religieux, au point d’envisager, dans ses réflexions, la
conversion des juifs au christianisme et même de considérer l’idée d’un
« retour » en Palestine comme un mythe ridicule. Ce n’est qu’après
l’affaire Dreyfus (alors journaliste, il était correspondant en France du
quotidien viennois Neue Freie Presse),
qu’il prend conscience -en quelque sorte- que l’unique solution aux problèmes
d’émancipation du peuple juif et de l’antisémitisme est la création d’un État indépendant.
En 1896, il publie un ouvrage rassemblant ses idées : « Der Judenstaat » (L’État Juif),
puis il publie Altneuland (Vieille Terre
Nouvelle) et devient alors contre toute attente un des principaux leaders
sionistes de la fin du XIXème siècle.
Au début,
le sionisme ne vise pas forcément la Palestine comme terre de
« retour » des Juifs dispersés dans le monde. Plusieurs lieux ont été
envisagés : l’Argentine, l’Ouganda, Madagascar… Signe que le sionisme du
XIXème siècle est bien politique avant d’être religieux. Que le
terme évoque une des sept collines de la Jérusalem terrestre, et en soit même arrivé
à désigner Jérusalem, cela reste secondaire pour bien des Juifs, qui n’ont pas
forcément envie de quitter l’environnement dans lequel ils vivent ici ou là
depuis plusieurs générations, bien loin de la terre de leurs ancêtres. On dit
même que pas mal d’entre eux ont finalement préféré émigrer aux États-Unis
plutôt qu’en Palestine…
En fait,
ce serait des chrétiens qui auraient d’abord salué et approuvé l’initiative sioniste
pour des raisons basées sur une lecture des textes bibliques courante chez les
évangéliques et remontant jusqu’au moyen-âge… J’y reviendrai et je vous
proposerai quelques lectures bibliques, pour l’instant disons seulement que
très anciennement, des chrétiens ont sélectionné les versets bibliques qui
mettaient en avant la nécessité du retour de tous les Juifs vers Jérusalem et
la Palestine, condition sine qua non du retour annoncé du Christ et Messie
Jésus sur notre terre.
Palestine
« Palestine »
désigne ce qu’on appelait le pays de Canaan, dans lequel se trouvaient les
royaumes d’Israël et de Juda. Ce n’est pas avant le 5ème siècle
avant Jésus-Christ qu’on trouve le nom de « Palestine » dans un
document écrit, les Histoires d’Hérodote (historien grec). C’est après
lui que le terme « Palestine » fut utilisé pour désigner l’ensemble
de la région anciennement connue sous le nom de Canaan.
D’où
vient le nom ? Les origines du mot Palestine ont été discutées
depuis longtemps sans qu’aucune certitude n’en soit sortie… Le nom serait
dérivé d’un mot égyptien et hébreu peleshet, qu’on peut traduire par
« roulant » ou « migratoire », et qui renvoie aux
Philistins, qui ont conquis au 12ème siècle avant notre ère la
plaine côtière méditerranéenne qui est aujourd’hui Israël et Gaza. Il y a aussi
un dieu nommé Palès qui pourrait être une origine, mais nous ne nous
attarderons pas là-dessus aujourd’hui. Retenons simplement que, d’après les
archéologues, la région de Palestine est l’un des plus anciens sites
d’habitation humaine au monde, environ 10 000 ans avant JC. Et il faudra
relire les livres de Josué et peut-être des Nombres pour entendre parler de la
conquête de Canaan par le peuple d’Israël (vers 1250-1200 avant JC).