Vague de prière pour le jeudi 26 février 2026

Le « Conseil de la Paix » a tenu sa première réunion et a dévoilé son plan colonial de plusieurs milliards de dollars pour Gaza, suscitant les critiques à la fois d'organisations de défense des droits humains et de responsables religieux tels le Patriarcat latin de Jérusalem. Le cardinal Pierbattista Pizzaballa a déclaré que le Conseil de la Paix est « une opération colonialiste dans laquelle d'autres décident à la place des Palestiniens ».

Dieu saint, nous déplorons les politiques colonialistes et la tromperie des empires. En ce temps de Carême, libère-nous des péchés si humains d’avidité et de domination, et aide-nous à être des témoins honnêtes et prophétiques de toutes les injustices qui sont commises à Gaza et en tant d’autres endroits de ce monde. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Le Carême orthodoxe a débuté le 23 février, et jeudi dernier Sabeel a célébré son premier office de Carême avec Lamma Mansour comme intervenante et le révérend Naïm Ateek comme hôte. La rediffusion de l’office du jeudi est accessible chaque semaine à travers le bulletin d’information de Sabeel Jérusalem (en anglais). Il est possible de s’y abonner par ce lien : tinyurl.com/sabeelnewsletter . Et ceux qui voudraient s’inscrire à l’office du jeudi peuvent le faire par le lien suivant : tinyurl.com/sabeelworship .

Emmanuel, en ce temps de Carême, rappelle-nous que tu n'as pas fui notre fragilité humaine. Tout au contraire, tu t’es engagé sur le chemin de la croix en solidarité avec nous tous, et tu as accepté d’être persécuté et crucifié. Aide-nous, par notre jeûne et nos méditations, à nous souvenir des opprimés et à vivre vraiment comme tes disciples. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Selon une étude de terrain récemment publiée par la revue scientifique The Lancet Global Health, ce sont plus de 75 000 personnes qui ont été tuées durant les seize premiers mois de l'offensive génocidaire menée par Israël dans la bande de Gaza, un chiffre largement supérieur à celui qui a été communiqué par les autorités sanitaires du territoire. Selon les auteurs de cette étude, il y a eu 75 200 « morts violentes » de Palestiniens dans la bande de Gaza rien qu’entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, et 56% de ces morts étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les autorités sanitaires de Gaza de leur côté font état d'un bilan actuel de plus de 72 000 morts dus à l'offensive israélienne, un chiffre que les autorités israéliennes ont récemment reconnu comme étant exact après avoir refusé de le reconnaître pendant plus de deux ans.

Créateur divin, tu nous as tous créés à ton image et tu nous soutiens tous par ton amour. Nous te confions toutes les vies qui ont été fauchées avec violence dans la bande de Gaza et te remettons leurs familles et leurs proches qui continuent de souffrir. Aide-nous à mieux témoigner de la souffrance qui continue à régner à Gaza et, ce faisant, à en rechercher les responsables et à veiller que justice soit rendue aux opprimés. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Vague de prière pour le jeudi 19 février 2026

Cette année, le ramadan et le carême commencent la même semaine : le ramadan le 17 et le carême le 18 février. En Palestine, l’un comme l’autre est vécu à travers toute une série de traditions particulières voire uniques mais, comme chaque année, les croyants palestiniens, tant musulmans que chrétiens, sont confrontés à toute une série de restrictions et de barrières qui les empêchent, les uns comme les autres, de pouvoir accéder librement à leurs lieux de culte.

Ô Messie crucifié, aide-nous tout au long de ce temps de Carême à méditer ce que signifie la croix et, ce faisant, à nous accrocher à l’espoir de la résurrection, même dans un contexte d’affliction écrasante. Permets également à nos frères et sœurs musulmans de vivre un Ramadan paisible. Que leur liberté de culte et leur dignité soient respectées ! Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

La semaine dernière, le cabinet de sécurité israélien a approuvé toute une série de mesures visant à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie occupée. Parmi ces mesures figurent la levée de l'interdiction de vente de terres de Cisjordanie à des Juifs israéliens, la déclassification des registres fonciers de Cisjordanie afin de faciliter l'acquisition de terres palestiniennes, le transfert aux autorités israéliennes de la planification des constructions sur les sites religieux et d’autres lieux sensibles de la ville d'Hébron, où la situation a toujours été tendue, et l'autorisation pour Israël d'appliquer ses propres réglementations environnementales et archéologiques dans les zones administrées par les Palestiniens. Le bureau du ministre des Finances d'extrême droite Bezalel Smotrich a déclaré dans un communiqué que ces décisions permettront aux colons juifs de contraindre plus facilement les Palestiniens à céder leurs terres, ajoutant : « Nous continuerons à enterrer l'idée même d'un État palestinien ».

Dieu des opprimés, nous rejetons les décisions injustes et l'arrogance d'empire qui ont entraîné la perte de tant de vies et la destruction de tant de foyers. Aide-nous à surmonter les péchés de racisme et d'apartheid qui ont permis à de telles politiques de violence de devenir la norme. Alors que tu manifestes ta présence à ceux qui souffrent aujourd’hui en Cisjordanie, touche aussi nos cœurs afin que nous osions nous mettre en mouvement pour agir. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

La semaine dernière, la Haute Cour de justice britannique a jugé illégale la décision prise l'été dernier par le gouvernement d'interdire le groupe militant Palestine Action au prétexte qu’il était une organisation terroriste. Même si l'interdiction reste en vigueur en attendant que le gouvernement interjette appel, cette décision marque une victoire majeure pour tous les militants et défenseurs des libertés civiles. Depuis que le gouvernement avait interdit Palestine Action en qualifiant le mouvement d'organisation terroriste, plus de 3 000 personnes, dont beaucoup sont des retraités ou des personnes âgées, ont été arrêtées lors de manifestations de solidarité pour avoir brandi des pancartes soutenant Palestine Action.

Dieu saint, nous sommes reconnaissants pour les nombreux manifestants et militants qui, à l'instar de la veuve persévérante devant le juge injuste, luttent sans relâche contre l'injustice. Accorde-nous l’inspiration et le courage du Saint-Esprit pour que, tous, nous puissions suivre leur exemple comme une seule grande famille humaine, et nous joindre de manière créative et avec persévérance au grand mouvement de libération. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Les Chrétiens et la Palestine. Déconstruire une lecture sioniste de la Bible.

Les chrétiens et la Palestine. Déconstruire une lecture sioniste de la Bible. Conférence de Danielle Vergniol, AG ADSF 20250906

Avant de commencer…

Pour aborder ce sujet difficile et délicat, je me suis avant tout replongée dans la recherche de la compréhension des mots, et l’exégèse de certains textes bibliques qui m’empêchent, personnellement, de « tomber » dans une lecture dite « sioniste » de la Bible. Je précise aussi que je trouve parfois lamentable les raccourcis qui font confondre pour certains « antisionisme » et « antisémitisme ». Dans les propos que je vais partager, il ne s’agit nullement d’être « anti » quoi que ce soit. Il s’agit plutôt de réfléchir, de revoir comment on peut se tromper, comment on peut mettre en doute la parole d’autrui, comment on doit, jour après jour, année après année, voire siècle après siècle, repenser le sens des termes que nous employons… C’est pourquoi, même si c’est superflu pour certains auditeurs/auditrices ou lectrices/lecteurs, j’ai voulu rappeler le sens et l’histoire de certains termes, pour nous permettre, si possible, de comprendre les différents courants qui ont émané de la lecture de la Bible, à différentes époques et dans différents milieux. Je ne prétends pas arriver à une conclusion, je voudrais seulement que nous puissions, par ces quelques pistes, réflexions et reprises de certains textes, approfondir notre analyse et nous permettre d’entrer en débat les uns avec les autres, et en particulier avec ceux qui, de mon point de vue, suivent aveuglément quelques versets bibliques pour défendre telle ou telle action politique, voire militaire.

Les chrétiens et la Palestine : Déconstruire une lecture sioniste de la Bible.

Exégèse du titre proposé pour cette conférence.

Le titre choisi pour notre réflexion est paradoxal… Pourquoi ? Nous allons le découvrir -j’espère- petit à petit en décortiquant les mots et les idées autour de cette thématique : à la fois « sionisme » et « lecture », « Bible », « chrétiens » et « Palestine ».

Disons d’emblée que la Bible n’est pas la propriété des chrétiens, le premier et le second testament appartiennent à l’humanité tout entière, même si à l’origine, oui, le premier testament est la Bible des Juifs, le second raconte l’histoire qui a mené au christianisme, lequel a gardé la lecture de l’ancien testament, comme on dit encore parfois.

Ma vision de Jérusalem.

J’ai fait de nombreux séjours en Israël-Palestine, le plus long mais surtout le plus vivant a été mon engagement à l’appel du Conseil Œcuménique des Églises, dans le cadre du « Programme d’accompagnement œcuménique en Palestine et Israël » (EAPPI) à Hébron pendant trois mois. Cela m’a permis une immersion dans la vie quotidienne mais également une lecture-relecture quotidienne des Écritures. Un psaume en particulier m’a accompagnée, le psaume 24 tel qu’on le chantait dans l’Église réformée de France : « La terre au Seigneur appartient, La terre et tout ce qu’elle contient ». Ceci pour dire que, quelle que soit la beauté de Jérusalem et de ses vestiges, malgré tous les enjeux auxquels elle a à faire face, elle n’est qu’une ville qui a eu ses heures de gloire dont on peut -on doit ?- se souvenir avec humilité, passion ou tristesse, mais pas davantage, si l’on croit que Christ est ressuscité et qu’il a envoyé ses disciples prêcher jusqu’aux extrémités de la terre.

Rappel des origines du sionisme

Sionisme chrétien : c’est un terme relativement nouveau en français. Pour les personnes un peu éloignées de la pratique religieuse quelle qu’elle soit, le terme de « sionisme chrétien » n’évoque pas grand-chose, voire rien du tout. En revanche, ces personnes ont peut-être entendu le terme « zionism » en anglais… Cela s’explique par les origines du sionisme sur lesquelles je vous propose de revenir un instant.

« Sionisme » : le terme apparaît au XIXème siècle avec le travail de Theodor Herzl, considéré comme le père du sionisme politique, même si la tendance existait bien avant. Qui est-il ? Ce qu’on pourrait appeler un « juif intégré », pas religieux, au point d’envisager, dans ses réflexions, la conversion des juifs au christianisme et même de considérer l’idée d’un « retour » en Palestine comme un mythe ridicule. Ce n’est qu’après l’affaire Dreyfus (alors journaliste, il était correspondant en France du quotidien viennois Neue Freie Presse), qu’il prend conscience -en quelque sorte- que l’unique solution aux problèmes d’émancipation du peuple juif et de l’antisémitisme est la création d’un État indépendant. En 1896, il publie un ouvrage rassemblant ses idées : « Der Judenstaat » (L’État Juif), puis il publie Altneuland (Vieille Terre Nouvelle) et devient alors contre toute attente un des principaux leaders sionistes de la fin du XIXème siècle.

Au début, le sionisme ne vise pas forcément la Palestine comme terre de « retour » des Juifs dispersés dans le monde. Plusieurs lieux ont été envisagés : l’Argentine, l’Ouganda, Madagascar… Signe que le sionisme du XIXème siècle est bien politique avant d’être religieux. Que le terme évoque une des sept collines de la Jérusalem terrestre, et en soit même arrivé à désigner Jérusalem, cela reste secondaire pour bien des Juifs, qui n’ont pas forcément envie de quitter l’environnement dans lequel ils vivent ici ou là depuis plusieurs générations, bien loin de la terre de leurs ancêtres. On dit même que pas mal d’entre eux ont finalement préféré émigrer aux États-Unis plutôt qu’en Palestine…

En fait, ce serait des chrétiens qui auraient d’abord salué et approuvé l’initiative sioniste pour des raisons basées sur une lecture des textes bibliques courante chez les évangéliques et remontant jusqu’au moyen-âge… J’y reviendrai et je vous proposerai quelques lectures bibliques, pour l’instant disons seulement que très anciennement, des chrétiens ont sélectionné les versets bibliques qui mettaient en avant la nécessité du retour de tous les Juifs vers Jérusalem et la Palestine, condition sine qua non du retour annoncé du Christ et Messie Jésus sur notre terre.

Palestine

« Palestine » désigne ce qu’on appelait le pays de Canaan, dans lequel se trouvaient les royaumes d’Israël et de Juda. Ce n’est pas avant le 5ème siècle avant Jésus-Christ qu’on trouve le nom de « Palestine » dans un document écrit, les Histoires d’Hérodote (historien grec). C’est après lui que le terme « Palestine » fut utilisé pour désigner l’ensemble de la région anciennement connue sous le nom de Canaan.

D’où vient le nom ? Les origines du mot Palestine ont été discutées depuis longtemps sans qu’aucune certitude n’en soit sortie… Le nom serait dérivé d’un mot égyptien et hébreu peleshet, qu’on peut traduire par « roulant » ou « migratoire », et qui renvoie aux Philistins, qui ont conquis au 12ème siècle avant notre ère la plaine côtière méditerranéenne qui est aujourd’hui Israël et Gaza. Il y a aussi un dieu nommé Palès qui pourrait être une origine, mais nous ne nous attarderons pas là-dessus aujourd’hui. Retenons simplement que, d’après les archéologues, la région de Palestine est l’un des plus anciens sites d’habitation humaine au monde, environ 10 000 ans avant JC. Et il faudra relire les livres de Josué et peut-être des Nombres pour entendre parler de la conquête de Canaan par le peuple d’Israël (vers 1250-1200 avant JC).