RECENSIONS

Titre : Les Palestiniens
Auteur (s) : Mélinée Le Priol et Chloé Rouveyrolles
Editeur : HD ateliers henry dougier
Date parution : Avril 2018
Collection : Lignes de vie d’un peuple       Nombre de pages : 134          Prix :   14 €    

Ce petit livre est publié dans une collection qui se veut « nourrie d’enquêtes où un peuple exprime aujourd’hui sa mémoire, ses valeurs, son imaginaire, sa créativité ». Il pourra intéresser tous ceux qu’interpelle la situation des Palestiniens et qui ont envie de dépasser les clichés et l’image déformée que les médias occidentaux nous en renvoient trop souvent. Ce qui a été privilégié, c’est la rencontre de Palestiniens de multiples horizons, auxquels est donnée l’occasion de prendre la parole sur eux-mêmes.
De fait, inutile de chercher ici une fresque historique fouillée ou une analyse politique argumentée du « conflit israélo-palestinien », pas même un reportage larmoyant sur les situations dramatiques imposées par l’occupant qui seront juste évoquées au détour d’une phrase par l’un ou l’autre témoin.
Les deux auteures, journalistes, alternent simples interviews et textes plus écrits où elles présentent les personnes rencontrées dans le contexte historique et géographique qui est le leur pour mieux permettre au lecteur de comprendre leurs prises de position quelquefois étonnantes.
Le livre dresse ainsi une galerie de portraits très divers qui donnent à voir comment des femmes et des hommes vivent au quotidien leur difficile situation de réfugiés ou d’exilés, d’habitants de territoires occupés ou sous blocus, ou encore de citoyens de seconde zone en Israël. Ces points de vue sont forcément parcellaires, mais « témoignent d’un ressenti incontestable », donnant en quelque sorte de la chair aux articles sur l’occupation, la colonisation, écrits en concepts abstraits, que nous pourrions lire par ailleurs.
Quatre thèmes ont été identifiés pour regrouper les différents témoignages, l’introduction s’attachant à évoquer la terre à laquelle tout Palestinien semble viscéralement lié, même et surtout s’il est un réfugié ou un exilé, chrétiens et musulmans se vivant comme les « gens de la Terre sainte ».
Nous sommes introduits ensuite dans le monde de la résistance à l’occupant israélien : résistance armée des années 60 et ses nostalgiques, jeunes séduits par la culture du martyre, et surtout résistance non-violente de plus en plus mise en avant même s’il est très difficile de rassembler quand il n’y a plus de vraie union nationale et que la lassitude pointe chez beaucoup.
Le deuxième chapitre est consacré à l’identité palestinienne, véritable mosaïque que seul le fait de « partager le traumatisme historique et transgénérationnel de la Nakba » semble unifier. Le lecteur sera sans doute surpris par les témoignages sélectionnés qui, pour certains, tiennent presque de l’anecdotique. Mais n’est-ce pas aussi ce qui fait l’intérêt et la valeur de ce livre, que de sortir des sentiers battus, et de nous faire découvrir ce dont personne ne parle par ailleurs ?
Le dernier chapitre en laissera plus d’un perplexe. « Démocratie malmenée, économie dépendante de l’aide internationale, espoirs déçus depuis les accords d’Oslo de 1993 : l’avenir des Palestiniens leur semble plus bouché que jamais », est-il dit dans la table des matières. Les experts se désolent de ce constat affligeant. Mais les auteures tiennent à terminer sur une note positive en évoquant la réussite des startups de Ramallah et le bel optimisme du dernier témoin interviewé : « Il faut témoigner de cette société qui n’a pas sombré dans la barbarie malgré l’occupation israélienne, montrer ce miracle ».
À travers ce recueil de témoignages, sans prétention, il nous est possible de mieux comprendre ce peuple qui refuse d’être réduit à son état de victime, tient à rester debout dans l’adversité et nous donne par là une belle leçon de vie.
Monique Boulanger

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