APPEL DE PÂQUES 2026
Introduction
Pâques à une époque où le christianisme est menacé d’extinction en Palestine
Samedi saint représente dans le récit des évangiles l’un des moments de plus profonde obscurité et de plus grande incertitude : c’est le temps entre la crucifixion et la résurrection. Pour nous Palestiniens, ce « samedi » s’étire sur des décennies et est marqué par d’incessantes souffrances imposées par un nettoyage ethnique qui n’a cessé de progresser, par la violence des colons, l’expansion des colonies, la confiscation des terres et l’indifférence voire la complicité pure et simple de gouvernements du monde entier. Il est clair désormais que les attaques contre les communautés chrétiennes palestiniennes, tout comme contre les villes à majorité musulmane, ne sont pas des incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une réalité systémique plus large orchestrée par le gouvernement israélien.
Cet Appel de Pâques, qui est un cri du cœur de plus lancé par les chrétiens palestiniens, invite l’Église universelle à passer des pensées et des prières à une solidarité active. Il est aussi un message pastoral adressé à nos fidèles, à l'inébranlable peuple palestinien. Il est un message qui nous appelle à rester fermes sur notre terre, à célébrer notre identité à la fois chrétienne et palestinienne, et à protéger notre patrimoine et nos lieux saints.
Car la menace existentielle qui pèse sur la présence chrétienne palestinienne en Terre Sainte est bien réelle. Les 58 ans d’occupation de notre terre par Israël, et maintenant la prise de contrôle du nord de Gaza ainsi que l’annexion de portions toujours plus vastes de la Cisjordanie, ont accéléré l’émigration en raison des difficultés économiques, de l’insécurité, des saisies de terres et de la violence qui en découlent. En termes simples, l’espace physique et démographique dont disposent les chrétiens du pays ne cesse de se réduire.
Les réflexions qui suivent, et qui sont centrées sur les villes historiques de Taybeh, de Beit Sahour et sur Gaza-Ville, sont un message d’alerte qui dit qu’une présence chrétienne permanente en Palestine n’est plus garantie aujourd’hui.
Mais malgré notre vécu d'un Samedi saint qui n’en finit pas et de tout ce qu'il nous coûte, nous croyons que le Dimanche de Pâques arrivera. Le dimanche de la résurrection après toutes les morts que nous traversons. Notre document « Kairos Palestine II Un moment de vérité, La foi en un temps de génocide » ne se contente pas de décrire en détail l’actuelle réalité de génocide, de colonisation et de nettoyage ethnique que nous connaissons. Il proclame également notre « espérance en celui qui est le Dieu des pauvres, des opprimés et des écrasés ». Il est une affirmation de notre « foi en un Dieu saint et juste ».
Nous vous invitons à partager dans votre propre contexte les témoignages qui suivent pour le Jeudi saint, le Vendredi saint et le Samedi saint et qui reflètent, chacun à sa manière, les réalités vécues par les communautés de Taybeh, de Beit Sahour et de la ville de Gaza. Cet Appel se veut une expression vécue du document Kairos II : une foi en la résurrection qui refuse le silence face à l’injustice.
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Jeudi Saint : Taybeh SITUATION SUR LE TERRAIN par le Père Bashar Fawadleh |
Aujourd’hui, la ville de Taybeh se trouve au croisement de la douleur et de l’espérance, là où les blessures de la terre rencontrent la résilience de la foi. Située à l’est de Ramallah, Taybeh est bien plus qu’un petit village tranquille : c’est le témoin vivant d’une présence chrétienne continue sur la terre même où le message chrétien a pris racine pour la première fois. Restée la seule ville entièrement chrétienne dans toute la Cisjordanie, Taybeh porte dans ses vieilles pierres, ses églises et le son de ses cloches une mémoire spirituelle profonde. Ce n’est pas simplement un endroit sur la carte, mais un symbole de persévérance et un témoignage historique. Dans ses rues étroites et par ses prières quotidiennes, la foi et l’histoire se croisent et s’entremêlent, transformant la vie ordinaire en un acte discret d’appartenance tant à la terre qu’à sa propre identité.
Des violations qui frappent la terre et la vie quotidienne.
Ces derniers jours ont vu se produire des événements douloureux dans cette ville paisible. Une série d’attaques a pris pour cible les terres agricoles et les biens de ses habitants. Des récoltes ont été endommagées, des terres ont été volées, et les agriculteurs ont rencontré de plus en plus d'obstacles pour pouvoir accéder à leurs champs et les cultiver. Pour les habitants de Taybeh, ces terres ne sont pas seulement une source de revenus : elles sont la mémoire vivante de familles et de générations entières. Chaque olivier porte en lui l’histoire de ceux qui l’ont planté, entretenu et protégé. C’est pour cela que ces agressions ne sont pas seulement sources de pertes matérielles : elles sont aussi des blessures infligées à la relation profonde qui lie les gens à leur terre, une relation ancrée dans leur dignité, leur patrimoine, et leur sentiment d’appartenance mutuelle.
Les défis quotidiens et la résilience de la communauté.
Ces événements ont inévitablement affecté le rythme de la vie quotidienne à Taybeh. Le sentiment de sécurité qui a longtemps caractérisé cette ville a été profondément ébranlé, et le travail dans les champs s'effectue désormais dans l’anxiété et l’incertitude. Pourtant, l’esprit de la communauté est resté intact. La solidarité entre les habitants continue à faire vivre la ville, et l’engagement à rester sur ses terres demeure inébranlable. Au milieu de ces défis, les paroles de l’Évangile résonnent profondément : « Heureux ceux qui font œuvre de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5, 9). Ici, la foi n’est pas une fuite loin de la réalité, mais une force morale qui est source de persévérance, de justice et de dignité.
Un symbole de la présence chrétienne en Palestine.
Ce à quoi Taybeh est confrontée aujourd’hui va bien au-delà des limites d’une seule ville. C'est le reflet des défis plus importants auxquels est confrontée l’ensemble de la présence chrétienne en Palestine. Des siècles durant, cette présence a été partie intégrante du tissu historique et culturel de cette terre.
Taybeh, avec ses églises anciennes et ses traditions vivantes, est un symbole de cet héritage, un rappel que le christianisme en Terre Sainte n’est pas seulement un souvenir du passé, mais une réalité vivante, enracinée dans des communautés qui continuent de préserver leur foi et leur identité.
L’espoir qui jaillit de cette terre.
En dépit de toutes les difficultés, l’espoir continue d'être vivant à Taybeh. La ville, posée paisiblement sur ses collines, semble faire écho aux paroles du Christ : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée » (Matthieu 5,14). Au son des cloches de ses églises et dans les prières silencieuses de ses habitants, leur foi est renouvelée chaque jour. Leur persévérance reflète une autre promesse de l’Évangile : « En ce monde vous faites l’expérience de l’adversité, mais soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jean 16,33). C’est ainsi que Taybeh persévère, meurtrie mais inébranlable, telle une petite mais inébranlable lumière sur les collines de Palestine qui rappelle au monde que les racines de la foi s’accrochent plus profondément sur cette terre que n’importe quelle tempête, et que l’espoir peut encore jaillir du sol, même dans les périodes les plus sombres
Le père Bashar Fawadleh est curé de l’église du Christ Rédempteur à Taybeh.
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Jeudi Saint : Taybeh UN APPEL À LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE par M. Suleiman Elias Khourieh |
Ici, à Taybeh, la seule ville entièrement chrétienne de Palestine et qui a été visitée par notre Seigneur Jésus-Christ (Jean 11,54), nous traversons des moments extrêmement difficiles, à tous égards. La guerre qui fait rage actuellement nous affecte terriblement sur tous les plans : politique, sécuritaire et économique. De plus, nous subissons des attaques répétées, de jour comme de nuit, de la part de colons contre les habitants de notre ville, contre nos terres, nos chers oliviers, nos maisons et nos véhicules.
Ces attaques, ce sont des vols, des agressions, des inc endies criminels, des actes d'intimidation et de terreur envers femmes et enfants, qui génèrent peur et angoisse parmi les habitants, encouragent les gens à partir et démoralisent la jeunesse. Tous ces facteurs menacent la permanence d’une présence chrétienne palestinienne en Terre sainte.
En plus de cela, le soutien financier de l'Autorité Palestinienne fait défaut. À cause du difficile contexte actuel, elle n'est plus en mesure de fournir l'aide sur laquelle les municipalités pouvaient compter auparavant. De ce fait, les difficultés rencontrées par la municipalité de Taybeh se sont accentuées. Car c’est elle qui supervise l'ensemble des institutions de la ville, et la situation actuelle ne lui permet plus d'assumer ses responsabilités envers les citoyens, les institutions et les besoins du tourisme tant national qu'international.
Car notre ville est une destination touristique qui figure sur la carte du tourisme palestinien et qui attirait des visiteurs du monde entier. Cette situation a entraîné la perturbation de nombreux projets de développement et de services essentiels tels que l'assainissement, l'éclairage public et la préservation de nos églises historiques, tout comme la protection de ce qui reste de nos terres et de nos oliviers, et les besoins financiers tant des employés municipaux que des habitants de la commune.
Cette situation a donné à la municipalité des charges importantes avec des ressources limitées. Malgré ces difficultés, nous poursuivons nos efforts pour servir la population et préserver les valeurs fondamentales de cette terre sacrée.
Par votre intermédiaire, nous lançons un appel pressant aux Églises, à la communauté internationale et à toutes les personnes de conscience à travers le monde : soutenez-nous, écoutez nous et reconnaissez les souffrances qu’endure notre communauté. Nous sollicitons votre solidarité morale et financière afin de pouvoir demeurer sur cette terre et y préserver une présence chrétienne vivante qui remonte à de nombreuses générations. Ensemble, nous voulons sauvegarder l’héritage de nos ancêtres et les lieux saints chrétiens de Palestine, la terre à partir de laquelle le message d’amour et de paix a été diffusé pour la première fois dans le monde. Votre soutien nous permettra de traverser cette période critique et périlleuse de notre histoire.
À Taybeh, tant dans sa municipalité que dans ses institutions et de la part de ses habitants, nous avons toujours profondément apprécié la solidarité et la coopération dont vous avez fait preuve par le passé, et nous vous en sommes sincèrement reconnaissants. Aujourd’hui, nous comptons à nouveau sur votre soutien. Nous prions pour que cette aide nous parvienne rapidement pour nous permettre de tenir et de maintenir notre présence et assumer nos responsabilités dans cette ville historique et chère à notre cœur.
Que les cloches de nos églises continuent de sonner à travers les cieux et qu’elles nous rappellent chaque jour que la justice demeure le seul chemin vers la véritable paix : la paix du Christ.
Mr Suleiman Elias Khourieh, Maire de Taybeh
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Jeudi Saint : Taybeh RÉFLEXION ET PRIÈRE par Samia Khoury
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En tant que Palestiniens, chrétiens ou musulmans, nous souffrons tous sous le joug de l'occupation militaire israélienne. Mais Israël prétend souvent favoriser les chrétiens, voulant ainsi semer la discorde entre les Palestiniens. Malheureusement, il y a des personnes qui, par ignorance, tombent dans ce piège. Je souhaite donc saisir cette occasion pour souligner que tous les chrétiens qui vivent ici font partie du peuple palestinien qui souffre sous l'occupation israélienne.
La paisible ville chrétienne de Taybeh se trouve au nord de Jérusalem et est mentionnée dans la Bible sous le nom d'Éphraïm, un lieu où Jésus s’était retiré avant d’aller à la maison de Lazare. C’est là que se trouve l'une de nos plus anciennes églises, l’église Saint-Georges. Tout récemment encore, la ville a été prise pour cible par des colons qui saccagent la région, détruisant les oliveraies et privant ainsi les habitants de leur récolte annuelle d'olives et d'huile. Israël souhaite voir la Terre sainte débarrassée de tout chrétien pour transformer le conflit en un conflit entre juifs et musulmans.
Outre son importance biblique, Taybeh a acquis une certaine notoriété internationale il y a des années déjà grâce à sa brasserie qui produit la bière de Taybeh, devenue célèbre dans le monde entier. Mais avec la guerre qui se déroulait à Gaza, le festival annuel de la bière, un événement très populaire qui attirait un grand nombre de touristes et aussi beaucoup de Palestiniens, n’a plus pu avoir lieu. À noter que cette charmante ville est aussi connue pour sa production de vin, de fromage et de miel !
Père des opprimés,
Nous faisons monter nos prières vers toi en ces temps si difficiles où toute la région souffre des injustices de ce monde. Nous te demandons tout particulièrement de protéger la paisible petite ville de Taybeh, sur les collines qui entourent Jérusalem. Protège ses habitants des raids des colons israéliens illégaux qui sont protégés par l'armée israélienne d'occupation. Elle a transformé cette terre sainte en une terre qui n’a plus rien de saint. Au nom de Jésus. Amen.
Samia Khoury est une militante sociale palestinienne de Jérusalem.
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Vendredi Saint : Beit Sahour SITUATION SUR LE TERRAIN par le Dr Elias Iseed |
Malgré ces restrictions, la municipalité de Beit Sahour s'est efforcée de préserver des parties de ce secteur pour le bien public, y créant le parc d’Oush Ghourab et des espaces communautaires qui profitent aux résidents et protègent le terrain pour en faire un lieu public partagé.
Aujourd'hui, alors que c’est la dernière réserve foncière de la ville, toute perte de ce territoire limiterait considérablement la capacité de Beit Sahour à développer son secteur habité et ses infrastructures publiques, et à créer des espaces verts et communautaires pour le bien de ses habitants. Un tel développement mettrait en danger la stabilité socio-économique de la ville et accélérerait le départ des familles loin de la ville, et tout particulièrement celui des plus jeunes générations.
La situation est devenue d’autant plus urgente que fin 2025 un avant-poste de colonie a été construit à proximité immédiate d'Oush Ghourab. Cette escalade menace les terres publiques, l'équilibre environnemental, la sécurité de la communauté et la stabilité future de Beit Sahour.
Beit Sahour occupe également une place unique et symbolique en Terre Sainte dans la mesure où elle est une ville à majorité chrétienne qui abrite l'une des plus importantes communautés chrétiennes de toute la Palestine. C’est pourquoi toute menace sur son territoire aurait des implications plus étendues pour la préservation d’une présence chrétienne vivante, de son patrimoine et de l'identité chrétienne dans cette région.
En ce moment critique de son histoire, la municipalité de Beit Sahour s’adresse directement aux Églises, aux responsables religieux et à la communauté internationale pour que les uns et les autres ne se contentent pas de déclarations exprimant leurs soucis mais s’engagent dans des actions immédiates et concrètes. Nous vous demandons de manifester activement votre solidarité avec la population de Beit Sahour, d’élever votre voix pour défendre la justice et la dignité humaine, et d’exiger des comptes pour toute action qui porte atteinte à la paix et au droit international.
Nous vous appelons également à vous engager pour la protection d'Oush Ghourab et à soutenir les besoins urgents de développement de la ville. Votre engagement, votre intervention et votre présence protectrice sont essentiels pour préserver ce territoire et assurer un avenir durable à Beit Sahour et à ses habitants.
Dr Elias Iseed, Maire de Beit Sahour
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Vendredi Saint : Beit Sahour APPEL AUX ÉGLISES ET À LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE par l’avocate Dalia Qumsieh |
Une nouvelle colonie à Beit Sahour : Quelles conséquences pour les chrétiens palestiniens ?
Beit Sahour, ville située à l’est de Bethléem, est connue pour être le lieu où l’ange est apparu aux bergers pour leur annoncer l’heureuse nouvelle de la naissance de Jésus le Christ. Mais cette année, c’est une bien triste nouvelle qui a été annoncée à Beit Sahour peu après Noël : Israël est en train de construire une nouvelle colonie sur son territoire.
Alors que Pâques approche, le gouvernement israélien a accéléré son projet de construction d’une nouvelle colonie appelée Yatziv, un projet qui est désormais une réalité concrète. Des colons juifs israéliens s'y sont déjà installés avec 30 caravanes pour le moment, et invoquent pour se justifier un droit divin, comme l'a exprimé sans ambages le chef du Conseil régional du Goush Etziôn qui a déclaré lors de l'inauguration de la nouvelle colonie le 20 janvier 2025 : « Je pense que l'établissement de cette colonie ici, aux abords immédiats de la ville de Bethléem, nous rappelle que revenir chez nous ne sera possible que si nous revenons à Bethléem. C’est de là que nous avons été déplacés il y a 2 000 ans, et une deuxième fois il y a 30 ans ». Car l’ancienne base militaire israélienne, qui avait été abandonnée, a maintenant été transformée en une colonie civile : l’une de celles qui encerclent et étouffent le gouvernorat de Bethléem.
Malheureusement, et en raison de l’impunité chronique dont jouit Israël, les informations concernant l’expansion de colonies illégales en Palestine occupée sont devenues régulières et ne suscitent au mieux que de simples condamnations verbales. On mesure très mal l’ampleur des ravages et de la dévastation que les colonies infligent à la vie d’une communauté en général, et dans le cas de Beit Sahour à la vie de la première et de la plus importante communauté chrétienne encore existante en Cisjordanie.
Car il est essentiel de bien comprendre ce que les colonies sont réellement, par-delà les accaparements illégaux de terres et des constructions tout aussi illégales : elles sont un système multidimensionnel de déplacements, de remplacement et, en dernier lieu, d’une inévitable annexion. Les colonies sont, par nature, des outils de déplacement contrôlé des Palestiniens. Elles fonctionnent grâce à une combinaison de mécanismes juridiques, militaires, économiques et spatiaux qui font progressivement disparaître l'existence même des Palestiniens.
Les confiscations de terres s'accompagnent souvent de restrictions abusives de circulation et de constructions de routes de contournement qui asphyxient les communautés palestiniennes. Les colonies sont entourées de zones tampons qui s'étendent au fur et à mesure de l’expansion de la colonie, et toujours au détriment de terres palestiniennes. Elles détruisent des secteurs vitaux, notamment l’économie rurale palestinienne, et privent les Palestiniens de leurs ressources et de toute possibilité de développement.
En même temps, la construction d'infrastructures et de services destinés aux colons facilite l'installation et la pérennisation d'une nouvelle population : celle justement des colons, dans le cadre d’un projet voulu et supervisé par l'État dans le but de faire partir par la force les Palestiniens grâce à des actes systématiques de terreur exercés en toute impunité et sous la protection et l'accompagnement des forces armées israéliennes. Leur présence est déjà palpable et bien visible à Beit Sahour, où elles terrorisent la population locale.
Dans le cas de Beit Sahour cependant, les enjeux sont bien plus importants encore. La nouvelle colonie menace directement le tissu même de ce qui reste de vie chrétienne en Palestine, à l’endroit même où le Christ est né. Même si elle est toute récente, cette colonie et ses colons ont déjà instauré un climat de violence, d'oppression et de danger qui mène au départ des habitants de Beit Sahour et qui porte un coup fatal à ce qui reste de la population chrétienne palestinienne, qui représente aujourd'hui moins de 1% de la population totale et qui est justement concentrée à Beit Sahour. Nous avons atteint la frontière où nos foyers deviennent un souvenir et n’ont plus de véritable adresse.
Face à cette grave évolution et contrairement aux attentes de gouvernements qui restent passifs face à l'illégalité manifeste de l’entreprise israélienne de colonisation et d'occupation illégale de la Palestine, ce que les chrétiens palestiniens attendent de leurs frères et sœurs chrétiens ailleurs dans le monde et de leurs Églises est tout autre. Les Églises doivent prendre conscience de leur pouvoir et de l’influence qu’elles ont quand elles agissent, en comprenant bien que de simples déclarations ne vont pas arrêter les bulldozers, que des condamnations ne vont pas restituer les terres et les ressources volées, et que les prières seules ne pourront pas ramener chez elles les familles qui ont été arrachées à leurs terres ancestrales. Seules des actions fermes permettront cela.
Alors que les fonds affluent vers cette colonie et vers d'autres qui lui sont semblables, chaque nouvel ensemble de logements, chaque nouvelle route réservée aux colons, chaque crime terroriste commis par des colons et chaque ordre militaire qui lui fait suite porte un coup fatal à la population chrétienne de Beit Sahour. Les Églises doivent, à tout le moins, agir d'urgence pour couper tout lien avec des entreprises situées dans les colonies, désinvestir de tout commerce de biens et de services et interdire toute transaction avec l'ensemble du projet colonial. C’est le minimum qui puisse se faire dans une attitude qui donne la priorité à ce qui est humain et moral, à ce qui est au cœur de la foi chrétienne et aussi du droit international. Et cela peut se faire. Tout retard dans la mise en œuvre de ce minimum aura de très graves conséquences et s’exprimera par la dépossession et le déplacement des gens qui vivent là-bas, et menacera la survie même de l'Église.
C'est un appel de la plus haute urgence. En ce temps de Pâques, cette année, les Églises du monde entier doivent urgemment user de toute la capacité d’influence qu’elles peuvent avoir, tant au sein de leurs propres institutions qu’auprès de leurs gouvernements respectifs, avant qu'il ne reste plus rien d’une présence chrétienne palestinienne significative pour célébrer la résurrection sur la terre où elle a eu lieu. Le tombeau est vide. Nous craignons que bientôt nos foyers le seront aussi, si le monde continue à ne pas agir.
Dalia Qumsieh, avocate, fondatrice et directrice de l'Initiative Balasan pour les droits humains.
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Vendredi Saint : Beit Sahour PRIÈRE par Hind Shraydeh |
O Seigneur, en Palestine nous vivons dans une situation d’extrême frustration et nous nous sentons tout à fait abandonnés. Les droits humains et l’ordre international auxquels nous avions cru autrefois ne nous ont pas rendu justice. Tout au contraire nous avons continué à être harcelés. Tu sais bien, Seigneur, ce que l’on ressent alors, car tu as éprouvé les mêmes sentiments quand Pierre t'a renié, quand Judas t'a livré, et quand tu as été flagellé puis cloué sur la croix. Nos cœurs sont habités par la peur. Ils pleurent comme tu as toi-même pleuré dans le jar din de Gethsémané. En Palestine, nous ne pouvons rien planifier pour le lendemain. Notre prière, c’est « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ». Nous ne savons même pas si nous vivrons encore demain.
Il y a partout des postes de contrôle israéliens, il y a des assassinats délibérés, des martyrs, des arrestations, des attaques de colons, et le vol de nos terres se poursuit. Que nous quittions notre maison, que notre voiture tombe en panne, et nous voilà soudain une cible toute trouvée pour les soldats de l'occupation ou pour un colon armé qui a décidé de nous tuer sans que personne ne lui demande des comptes. Seigneur, nous n’avons plus aucun repère et nous en souffrons. Nous avons parfois le sentiment d’être des orphelins, sans personne pour nous représenter. Pourtant, au milieu de tout cela, nous revenons au commencement : à toi, Jésus. C’est toi le commencement, et la fin.
Seigneur, tu nous avais prévenus, tu nous avais dit que, dans ce monde, nous serons confrontés à des difficultés. Aujourd’hui, nous nous tournons vers toi dans notre prière et te demandons du courage et de la résistance. Les solutions terrestres sont arrivées à leur terme, nous ne comptons plus que sur toi, Seigneur. Nous nous tournons vers toi dans nos moments de douleur et de détresse, un peu tard peut-être, mais nous nous rendons compte maintenant que notre but, c’est toi. Tu es le chemin, la vérité et la vie. Accueille notre prière, ô Jésus.
Nous prions, Seigneur, pour que tu remplisses nos cœurs d’espérance et de confiance dans les moments si pénibles et si douloureux que notre pays traverse. Accorde-nous de la patience et de l'espoir pour que nous puissions continuer à résister et à tout faire pour rester sur cette terre. Aujourd’hui plus que jamais, nous voulons choisir le chemin de l’amour et résister à la tentation de tomber dans le péché, dans cet environnement de haine, de vengeance et d’hostilité dirigée contre tout Palestinien pour la simple raison qu’il est Palestinien. Il est toujours plus difficile d’aimer ses ennemis, mais c'est notre responsabilité de chrétiens et d’enfants de ce pays.
Nous voulons méditer l'histoire de Saul de Tarse dans les Saintes Écritures : l’histoire d’un persécuteur et d’un tueur de chrétiens dont le cœur débordait de haine et de ressentiment. Mais alors qu’il était en route pour la Syrie, en mission armée pour continuer à massacrer les chrétiens, Tu lui es apparu, Toi, et tu as touché son cœur et ouvert ses yeux. Tu l'as transformé de l'intérieur et il est devenu Saint Paul l’Apôtre, qui a prêché et écrit beaucoup des lettres que nous trouvons dans le Nouveau Testament.
Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix. Que chacun de nous travaille pour la gloire de ton nom dans sa propre vie et dans celle des autres, pour que les gens puissent voir en chacun de nous ton image et ta ressemblance. Puissions-nous par notre témoignage éveiller bien des consciences qui finiront par comprendre ce qui se passe vraiment en Palestine. Nous prions pour qu’adviennent encore beaucoup plus de conversions comme celle de Saul parmi les sionistes et les adeptes du sionisme chrétien, afin que de nombreux ‘Paul’ se manifestent et que beaucoup se réveillent de leur sommeil.
La prière que nous voulons t’offrir, ô Dieu, est une prière qui nous coûte, une prière qui est difficile pour ceux qui sont victimes d’injustices. Nous prions pour que toute âme salie puisse être sauvée ; pour que Toi, Seigneur, tu entres dans leur cœur et que tu les touches pour qu'ils reconnaissent l'horreur de ce qu'ils font, se repentent, prennent conscience de la dimension de leur péché et s’en remettent à ton jugement. Qu’ils acceptent ta justice céleste qui est sans pareille, et reconnaissent publiquement leurs torts. Qu’ils demandent pardon à Toi et à tous ceux à qui ils ont fait du tort. Et qu’ils soient transformés comme le fut Saul pour devenir de fervents défenseurs des droits des Palestiniens : le droit au retour sur leurs terres, le droit d’être libérés de l’occupation, le droit de vivre, le droit à la dignité pour tout être humain qui vit en Palestine, quelle que soit sa couleur ou sa religion, ou son genre.
Seigneur, nous prions pour ceux qui sont enfermés dans les prisons de l’occupation, pour ceux qui se voient mourir en silence dans un environnement sombre de torture, de privation et de violation de leurs droits par des gens qui ont choisi de s’opposer à la vie et qui s’arrogent tous les droits sans avoir à rendre des comptes. Nous nous rappelons de la façon dont cinq gardiens de prison sionistes ont été acquittés après avoir agressé physiquement un prisonnier palestinien, alors que les caméras de la prison avaient enregistré la scène, et comment le parquet israélien a choisi d’enterrer cette affaire et ce crime.
Nos camarades en prison endurent bien des souffrances, et même des organisations israéliennes l’ont reconnu en publiant le rapport « Bienvenue en enfer ». Ils sont jugés devant des tribunaux militaires racistes, injustes, et complices d’un système qui nous harcèle quotidiennement. Ils sont mis en détention administrative sans limite de temps autre que le caprice d’un officier régional. À Gaza des gens ont disparu, et même des enfants sont mis en prison, comme celui de Qais Aql de la ville chrétienne d'Aboud. Des femmes aussi, comme Layan Nasser de Birzeit. Et des jeunes comme Rami Fadaïl qui est en détention administrative sans cesse renouvelée et auquel les autorités pénitentiaires interdisent même de lire la Sainte Bible. Ils sont des milliers à vivre ce calvaire. Près de 9 500 hommes et femmes.
Pour eux tous nous voulons te prier. Accorde-leur force, patience et consolation. Soutiens-les dans leurs souffrances et réconforte leurs familles qui endurent la douleur de leur absence et l’incertitude de leur sort. Remplis leur cœur de consolation et rappelle-leur qu’après la mort il y a la résurrection, et que cette injustice prendra fin un jour. Promets-leur à tous une liberté prochaine. Pour la gloire de Ton nom, ô Jésus. Amen.
Hind Shraydeh est une journaliste basée à Jérusalem et est membre fondatrice de l'Initiative Mahd al Mashriq, une organisation qui suit les prisonniers chrétiens incarcérés dans des prisons israéliennes.
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Samedi Saint : Ville de Gaza SITUATION SUR LE TERRAIN par Nader Abu Amsha |
Nous jeûnons, pendant la période de Carême surtout, dans un but de repentance, pour nous approcher davantage de Dieu et suivre l’exemple de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Nous jeûnons en solidarité avec les pauvres, les nécessiteux, les cœurs brisés et les opprimés. Le jeûne gagne une profondeur de sens tout autre lorsque ceux qui jeûnent sont eux-mêmes des affligés aux cœurs brisés, des gens privés des besoins élémentaires de la vie.
À Gaza, nous avons des sœurs et des frères qui demeurent inébranlables dans leur jeûne et leur prière, s’en tenant fermement à un riche héritage chrétien qui remonte aux origines même du christianisme. Ils ont gardé l’alliance et préservé leur foi, en supportant toutes formes de persécutions, même les plus dures. Les chrétiens de Gaza continuent de s’accrocher aux Béatitudes proclamées par Jésus sur la montagne, à son affirmation qu’ils sont le sel de la terre, et à sa promesse qu’il est venu pour leur donner la vie, la vie en abondance.
Comme tous les Palestiniens de Gaza, les chrétiens parmi eux qui ont survécu au génocide mènent une vie qu’on peut difficilement qualifier de vie. Pas seulement parce qu’ils souffrent psychologiquement et émotion-nellement comme jamais auparavant, ni parce que, tout comme le Fils de l’Homme, « ils n’ont nulle part où poser leur tête », ni non plus parce que leurs enfants n’ont pas accès à l’école et qu’eux-mêmes souffrent de faim, de maladie et du manque de vêtements encore propres… C’est aussi à cause de la menace existentielle de génocide et d’apartheid qui leur est imposée par l’État.
Après bien des tentatives de les déplacer de force par tous les moyens imaginables – privation alimentaire, mise à mort de dizaines d’entre eux, bombardements de leurs églises et de leurs maisons, proposition d’une soi-disant migration « volontaire » - moins de la moitié d’entre eux est encore là. Mais ils continuent à maintenir vivant cet héritage chrétien qui remonte aux premiers temps de l’Église. Ils prient pour pouvoir résister jusqu’à la fin, ils prient pour la venue du Royaume de Dieu. Leur consolation, c’est que « Celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ».
Où en sommes-nous par rapport à cette réalité, à cette scène presque miraculeuse ? Quel message leur envoyons-nous pendant ce temps de Carême ? Sur quelle vision nous appuyons-nous pour justifier notre foi chrétienne ? Cela n’est-il pas un test qui met des charbons ardents sur nos lèvres lorsque nous nous adressons à nous-mêmes, à nos Églises et à nos dirigeants ? Est-ce que notre échec à nous confronter à l’injustice n’équivaut pas à une trahison vis-à-vis de notre jeûne et de nos prières ? Est-ce que notre silence face à la complicité envers ce peuple ne nous rend pas nous-mêmes complices du crime de son extermination, de sa destruction et de l’élimination de la dernière présence chrétienne vivante dans cette terre où Jésus lui-même a marché un jour ?
La question que nous posons en ce temps de Carême est celle-ci : Dieu acceptera-t-il notre jeûne alors que nous fermons les yeux sur la menace existentielle qui pèse sur ceux dont les ancêtres ont vécu dans ce pays avec le Christ, ont été témoins de son appel au Salut, ont vu ses souffrances, sa crucifixion, sa mort et sa glorieuse résurrection, et sont allés proclamer au monde entier le message du Salut ?
Nader Abu Amsha est Directeur du Département « Service pour les Réfugiés Palestiniens » au Conseil des Églises du Moyen Orient.
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Samedi Saint : Ville de Gaza APPEL : ENTRE SOUFFRANCE ET ESPOIR par Feleep Khalil Jahshan
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C’est par ce verset que nous allons commencer notre réflexion sur l’être humain, qui ne vit pas de son corps seulement, mais aussi de dignité, de sécurité et d’espoir. À Gaza aujourd’hui, la communauté chrétienne vit une dure réalité, au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. Les maisons de la plupart des familles chrétiennes ont été détruites, les infrastructures sont pratiquement inexistantes, l’électricité et l’eau sont souvent coupées, et la vie sous tous ses aspects est au point mort. Il n’y a guère qu’une pierre qui n’aurait pas été touchée par la douleur, et à peine un cœur qui n’ait pas connu la peur et la perte d’êtres chers.
Au cours de la période de guerre intense que nous avons endurée, près de 59 membres de l’Église sont partis vers leur gloire céleste, et nous nous souvenons d’eux avec une grande tristesse. Leur perte ne vient pas d’une seule cause : certains sont morts par manque de médicaments et de nourriture, et d’autres ont été tués à la suite d’attaques directes contre l’église dans laquelle ils s’étaient réfugiés pour se mettre en sécurité.
Et cette perte ne se réduit pas à des chiffres ; ce sont des vies qui sont parties, des âmes, des familles entières qui apportaient une authentique présence chrétienne à Gaza. Parler de cette souffrance ne changera peut-être pas grand-chose dans un monde déjà rempli de douleur, mais c’est notre devoir humain de nous souvenir et de témoigner de ce qu’a enduré cette petite communauté, une communauté qui continue à s’accrocher à sa foi et à sa terre.
Aujourd’hui, la présence chrétienne à Gaza doit faire face à une profonde incertitude, tiraillée qu’elle est entre la dure réalité d’une migration forcée et la crainte d’une mort lente dans un contexte auquel manqueront les éléments de base nécessaires à la vie après la guerre, -ou ce que nous croyons que pourra être « l’après-guerre ». Beaucoup ont quitté leurs églises et sont retournés chez eux, écrasés par le poids de la peur et des destructions. Mais qui s’occupe de nous ? Qui va prendre soin de nous ?
Nos pensées tournent désormais surtout autour des possibilités d’émigration et de départ, non point par désir de partir, mais sous la pression des dures conditions de vie qui poussent beaucoup à envisager d’abandonner leur Gaza bien-aimée qui a longtemps été, et qui continue d’être une patrie de foi et de mémoire, aux racines profondes.
Nous prions pour le repos des âmes des victimes et espérons que la voix de l’humanité continuera à se faire entendre, et que ce qui reste de la présence chrétienne à Gaza recevra l’attention et le soin qu’elle mérite, afin que ce pays puisse continuer à témoigner de sa longue histoire de vie et de foi.
La communauté chrétienne de Gaza a beaucoup perdu : des êtres chers, des mémoires, et un sentiment de stabilité qui a tenu pendant des années. Certains de ses membres ont un visa pour l’Australie ou d’autres pays, et attendent l’ouverture du passage pour pouvoir émigrer en quête de sécurité, tandis que d’autres n’ont pas la possibilité de partir mais ne sont pas non plus en mesure de faire face aux difficultés de l’après-guerre. L’expérience de la mort n’est plus une affaire lointaine, elle est devenue une réalité que beaucoup ont vécue jusque dans ses plus douloureux détails.
L’avenir qui s’annonce pour Gaza semble sombre. La reconstruction ne se limitera pas à réparer des bâtiments ; il faudra reconstruire des êtres humains épuisés et traumatisés. Les Églises, malgré leur rôle spirituel et humanitaire, ne pourront à elles seules soutenir la ténacité de cette communauté face à l’escalade des défis économiques, psychologiques et sociaux. Aujourd’hui, les besoins vont au-delà de l’aide d’urgence pour s’orienter vers une vision globale qui envisage le long-terme, préserve la dignité et restaure l’espoir.
C’est pourquoi nous lançons un appel sincère à la solidarité avec la communauté chrétienne de Gaza : un appel adressé à toute personne de conscience, un appel aux institutions internationales, aux Églises et aux institutions de défense des droits humains pour qu’ensemble elles aident les gens à rester sur leur terre, soutiennent leur résilience et leur garantissent les conditions d’une vie digne. Préserver cette composante authentique du tissu social de Gaza, c’est aussi préserver le pluralisme, la coexistence, et l’espoir que la vie, malgré tout, sera plus forte que la destruction.
Feleep Khalil Jahshan est journaliste à Gaza.
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Samedi Saint : Ville de Gaza RÉFLEXION ET PRIÈRE par l'archevêque Theodosios Atallah Hanna |
Durant ces jours, nous jeûnons. Jeûner, dans notre Église, ne consiste pas seulement à s’abstenir de nourriture ou de boisson. C’est plutôt un retour à l’étreinte divine, un temps de repentance, de prière et de supplication.
Dans les premiers siècles du christianisme, lorsque les croyants jeûnaient, ils mettaient de côté une partie de leur argent pour le consacrer à des actes de charité en faveur de ceux qui étaient dans le besoin, qui souffraient ou étaient affligés.
Car un vrai chrétien est celui qui se tourne vers son frère humain qui souffre, qui est opprimé et dans la douleur. Ici en Terre Sainte, nous avons été témoins ces deux dernières années d’une guerre génocidaire horrible contre notre peuple dans la bande de Gaza, sans même parler de ce qui se passe en Cisjordanie et à Jérusalem, où les Palestiniens sont pris pour cibles dans tous les aspects de leur vie quotidienne.
En tant que chrétiens, nous ne pouvons rester silencieux tels des spectateurs indifférents aux injustices infligées à notre peuple palestinien. L’initiative chrétienne palestinienne « Kairos Palestine » a porté ce message : défendre notre peuple et exprimer la position chrétienne authentique et fondamentale, qui appelle à la justice et à une paix véritable dans ce pays, et à la réalisation des espoirs et des aspirations de notre peuple.
En cette fête de la Résurrection, nous voyons et nous proclamons que la puissance de la vie a triomphé de la puissance de la mort, et que la puissance du bien a vaincu la puissance du mal.
Le Seigneur Jésus-Christ n’est pas resté suspendu à la croix, il n’est pas non plus resté dans le tombeau, mais le troisième jour il s’est levé victorieux sur la mort, et sa résurrection est une résurrection pour toute l’humanité.
Inspirés par cette grande fête, nous affirmons que notre peuple palestinien mérite la vie, la liberté et la dignité. Quiconque croit au Seigneur Jésus-Christ, crucifié pour notre salut et ressuscité d’entre les morts, doit dire la vérité qui doit être annoncée dans ce monde, un monde rempli de brutalité et de sauvagerie, et qui prend le parti des oppresseurs au détriment des opprimés.
En cette glorieuse fête de la Résurrection, nous élevons nos prières avec ferveur pour la Terre de la Résurrection, afin que la justice règne en son sein, ainsi qu’une paix véritable. Nous sommes des défenseurs de la paix, mais la paix doit être fondée sur la liberté, la dignité, la sûreté et la sécurité de notre peuple palestinien. La paix ne peut être atteinte sans la justice et la pleine liberté que mérite notre peuple, un peuple qui a vécu pendant de longues années dans des conditions tragiques et catastrophiques.
Ô Seigneur,
En ces jours saints, nous Te demandons d’être avec notre peuple à Gaza, qui endure une tragédie sans précédent dans l’histoire humaine moderne. Ils gisent sur une terre nue et ne sont recouverts que par le ciel. Ils ont besoin de ta compassion et de ta miséricorde face à la cruauté et à la brutalité qu’ils ont endurées ces deux dernières années.
Nous prions pour tout notre peuple palestinien, afin que notre nation opprimée puisse enfin jouir de la liberté tant attendue et qu’elle mérite. La terre de la paix a soif de paix. Inspirés par le message de la Résurrection, nous affirmons que nous restons fermes dans les valeurs de justice et de paix, et que nous ne céderons pas à la culture de la frustration, du désespoir et de la désolation.
Une Résurrection bénie à vous tous !
Christ est ressuscité.
Il est vraiment ressuscité.
Mgr Theodosios Atallah Hanna est archevêque de Sébaste, du Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem.
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Dimanche de Pâques CHRIST EST RESSUSCITÉ, IL EST VRAIMENT RESSUSCITÉ. ALLÉLUIA. par le Patriarche émerite Michel Sabbah |
Chers frères et sœurs,
Béni soit Dieu, le Père de
notre Seigneur Jésus-Christ ; dans sa grande miséricorde, il nous a fait
renaître pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d’entre
les morts.
(1 Pierre 1,3)
La Résurrection n’est pas seulement un souvenir du passé, mais une force d’espérance présente dans nos vies aujourd’hui, surtout lorsque nous sommes entourés d’épreuves et de guerres. Le Christ ressuscité nous accompagne dans chaque souffrance et transforme les épreuves, même les guerres, en un chemin de vie.
Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia.
C’est avec cette proclamation inaltérable que l’Église de Jérusalem vit depuis deux mille ans, et c’est avec cette espérance inébranlable que nous accueillons la glorieuse fête de Pâques en notre Terre Sainte, la terre de la Résurrection.
Du tombeau vide de Jérusalem, la parole de vie s’est répandue dans le monde entier. De cette terre sanctifiée par le sang du Rédempteur et les larmes des saints, l’Église continue d’élever un hymne d’espérance malgré les souffrances et les épreuves qu’elle endure à Jérusalem, à Gaza, et dans chaque ville et village de Palestine, parallèlement à la guerre qui s’est étendue à l’Iran il y a quelques semaines et qui a embrasé toute la région.
Le mot « Pâques » signifie « passage » : passage de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Le Seigneur Jésus a vécu ce passage à travers le chemin de la Croix où, aux yeux de l’humanité, le mal semblait avoir triomphé et la violence avoir vaincu l’amour. Mais Dieu le Père l’a ressuscité d’entre les morts, proclamant que le dernier mot n’appartient pas à la mort mais à la vie, non pas à l’injustice mais à la justice, non pas à la haine mais à l’amour, non pas à la guerre ou à la colonisation, mais à la dignité de chaque peuple sur sa propre terre.
En ces jours où notre terre et les peuples de notre région subissent les fléaux de la guerre, de la violence et de la destruction, les souffrances de la Croix semblent proches de notre vie quotidienne. Nous voyons les larmes dans les yeux des mères, la peur dans le cœur des enfants et l’angoisse dans l’âme de beaucoup. Certains pourraient se demander : Où est Dieu au milieu de ces souffrances ? Et où est l’espoir au milieu d’une telle obscurité ?
Mais nous sommes un peuple croyant, et notre foi nous assure que Dieu n’est pas loin de la souffrance humaine. Au contraire, Il y est pleinement entré par Son Fils bien-aimé, Jésus-Christ, qui a partagé les blessures de l’humanité, en a porté les douleurs et a marché avec elle jusque dans les profondeurs de la mort. C’est pourquoi toute douleur humaine trouve un écho dans le cœur de Dieu, et aucune larme n’est perdue devant Lui. Comme le dit le psalmiste : « Un malheureux a appelé, le Seigneur a entendu et l’a sauvé de toutes ses détresses » (Psaume 34,7).
Dans ce message de Pâques, nous adressons notre appel à tous nos frères et sœurs à travers le monde qui célèbrent la glorieuse fête de Pâques. Nous leur demandons de prier avec nous pour la Terre de la Résurrection, afin qu’elle triomphe de la mort avec Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts. Priez, où que vous soyez, pour vos dirigeants qui sont impliqués dans le déclenchement de cette guerre dans nos pays, afin que Dieu les guide vers la sagesse et qu’ils cessent de nous apporter la mort, et mettent fin à leurs projets de nouvelle mort, de colonisation et de nouvelles partitions dans notre région.
Priez avec nous et joignez vos voix aux nôtres, afin qu’ensemble nous puissions proclamer la parole de vérité et la parole de vie à tous les puissants de cette terre. Que chaque peuple et chaque personne reste libre et puisse mener une vie digne sur sa terre et dans sa maison, là où Dieu les a appelés à vivre et à élever leurs prières vers Lui.
Que le Christ ressuscité chasse les forces du mal du cœur des dirigeants de cette terre, proches et lointains, et qu’il ouvre leur cœur et leur esprit aux chemins de la vie, où il n’y a pas de mort.
Vous, fidèles frères et sœurs de cette Terre Sainte, écoutez toujours les paroles du Seigneur Jésus qui vous dit : « Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. Soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jean 14,27 ; 16,33). Et l’apôtre Paul vous dit : « Ainsi, mes frères et sœurs bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, faites sans cesse des progrès dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre peine n’est pas vaine dans le Seigneur » (1 Corinthiens 15,58).
Frères et sœurs du monde entier, priez avec nous, œuvrez avec nous, luttez et interpellez vos dirigeants afin qu’ils respectent cette terre que Dieu a sanctifiée, et qu’ils sachent que Dieu a voulu que notre terre soit une terre de rédemption et de vie nouvelle pour nous et pour le monde entier.
Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité.
Joyeuses Pâques à tous.
Le patriarche émérite Michel Sabbah est l’ancien patriarche latin de Jérusalem et l’actuel président de Kairos Palestine.
Fidélité et Vérité se sont rencontrées.
Paix et Justice se sont embrassées.
Psaume 85,11
Kairos Palestine 2 : La foi en un temps de génocide.
Kairos Palestine 2 est né sur les ruines de Gaza, dans les camps de réfugiés, aux postes de contrôle et dans des foyers en deuil. C’est à la fois une plainte et une proclamation, pleurant ce qui a été détruit et affirmant notre mission commune de résister à l’oppression, de défendre la vie et de proclamer la justice. Kairos II insiste sur le fait que la foi ne peut être neutre. La foi exige de dire la vérité, d’agir avec courage et de faire preuve d’une solidarité qui a un coût. S’il vous plaît, relisez le document, étudiez-le, puis rejoignez-nous.
· Appelez les choses par leur nom :
o Génocide, colonialisme de peuplement, apartheid et nettoyage ethnique.
o Un langage neutre perpétue l’injustice.
· Plaidez pour la responsabilité et le respect du droit international :
o Faites pression sur les gouvernements, les Églises et les institutions pour qu’ils :
§ tiennent Israël pour responsable au regard du droit international.
§ imposent des sanctions, le boycott et l’embargo sur les armes.
· Rejetez les théologies qui justifient l'oppression :
o Le sionisme chrétien et toutes les théologies qui suggèrent que le racisme, le suprémacisme et/ou le génocide sont la volonté de Dieu doivent être rejetés.
· Pratiquez une solidarité qui coûte.
· Soutenez une résistance créative et non violente :
o Participez au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), ainsi qu'à d'autres stratégies non violentes fondées sur l'amour et la justice.
Partagez cette alerte, dans son intégralité ou dans ses diverses parties, partout où vous le pouvez : avec des responsables d’Églises, au sein de votre communauté de foi, sur les réseaux sociaux.
Le projet de Kairos Palestine : Nous attendons avec espoir le jour où nous pourrons vivre libres dans notre pays, avec tous les habitants de la terre, dans une paix véritable et un esprit de réconciliation fondés sur la justice et l’égalité pour toute la création de Dieu, une création dans laquelle « Fidélité et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » (Psaume 85,10).
Illustrations : Steve Erspamer, disponibles auprès de Liturgy, Training Publications.
Traduction Amis de Sabeel France.
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