La violence barbare du Hamas est sans excuse mais pas sans cause
Mgr Jean-Paul
Vesco, archevêque d’Alger, 16 octobre 2023
La barbarie absolue machiavéliquement mise en scène par le Hamas lors de l’attaque surprise contre des populations israéliennes a plongé le monde occidental dans la sidération. Elle a immédiatement et évidemment suscité un déferlement de condamnations unanimes. Sidération et condamnations qui furent miennes, bloquant la mise à distance minimale, l’espace de liberté intérieure dont nous avons besoin pour réfléchir. C’est le piège tendu par le Hamas, et nous y sommes largement tombés.
Sans vouloir renvoyer les belligérants dos à dos sans nuance, on peut aussi y voir, dans la réplique militaire que l’attaque a suscitée, une bonne opportunité saisie par Israël pour tenter d’en finir une fois pour toutes non seulement avec le Hamas, mais aussi avec l’autonomie réduite aux acquêts de Gaza, présentée par le premier ministre israélien comme « la cité du mal qui doit être détruite », à l’image de Sodome. Mais n’y aurait-il pas cinquante, quarante, trente, vingt, ou même dix justes à Gaza (Gn 18, 22-33) ?
Malheureusement, si cette violence barbare est sans excuse, elle n’est pas sans cause. J’ai vécu un peu de l’injustice et de l’humiliation qui sont le quotidien des Palestiniens à Gaza et ailleurs dans des territoires que la colonisation d’État ou « sauvage » a méthodiquement morcelés au point de rendre impossible une unité territoriale souveraine, aussi modeste soit-elle. L’injustice historique et quotidienne, l’usage d’un rapport de force disproportionné, l’humiliation permanente font le lit d’une violence qui n’a rien d’aveugle. Mais cela, nous peinons à le voir.
Qui se souciait encore, avant ce coup de tonnerre, de l’abandon de tout processus de paix ruinant définitivement l’espérance d’un État palestinien viable ? On n’entendait plus parler de rien, le couvercle semblait hermétique et tout allait bien pour nous. Et aujourd’hui, nous indignons-nous des paroles du ministre de la défense, israélien, quand il dit « nous sommes confrontés à des animaux et nous devons les traiter comme des animaux » pour annoncer la privation de toute une population d’eau, de nourriture, de gaz et d’électricité, justifiant ainsi aux yeux du monde un crime de guerre ?