Vague de prière pour le jeudi 28 décembre 2023

Beaucoup de gens ont célébré Noël le 25 décembre, le jour où l'Église d’Occident se souvient de la naissance du Christ. Certains commémorent alors l'incarnation du Christ à travers des prières et des liturgies particulières et toutes sortes de chants centrés sur la naissance du Christ. D'autres célèbrent Noël d’une manière plus laïque en achetant des cadeaux et en organisant toutes sortes de fêtes et d’animations. Mais ici en Palestine, nous vivons une situation particulière. Ici en Palestine où Noël a vu le jour, nous refusons cette année toute forme de célébration joyeuse à l’occasion de Noël, à cause des scènes d’horreur qui se déroulent à Gaza et en Cisjordanie. En même temps, nous sommes solidaires de tous ceux qui souffrent d'injustice dans notre pays, et nous pleurons avec eux.

Emmanuel, Dieu avec nous, alors que tant de gens dans le monde célèbrent en ignorant et en restant indifférents à la souffrance de tant d’autres, ici en Palestine nous comprenons mieux que jamais quel est le vrai sens de Noël. Avec d’autres peuples opprimés, nous comprenons que Noël n’est pas pour ceux qui pensent avec arrogance qu’ils n’ont pas besoin de Dieu, mais pour ceux qui aspirent désespérément à la délivrance que toi, tu offres. La compréhension superficielle et matérialiste de Noël est mise au rancart par la souffrance de nos martyrs, et le véritable sens d'Emmanuel nous est révélé. Christ, nous te remercions d'être devenu l'un des nôtres. Nous attendons le jour de ton retour. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Le 25décembre, les autorités sanitaires palestiniennes rapportaient que depuis le 7 octobre plus de 20 000 Palestiniens ont été tués et plus de 53 000 ont été blessés à Gaza. Les zones prétendues « sûres » vers lesquelles il avait été demandé aux Palestiniens de fuir sont désormais lourdement bombardées, et selon unrapportde l’ONU plus d’un demi-million de Palestiniens de Gaza sont exposés à la faim et menacés par une famine catastrophique. Il n’existe aucun endroit sûr à Gaza, et le traumatisme de cette crise humanitaire se répercutera sur des générations et des générations.

Dieu des opprimés, alors que nos âmes sont lourdes de toutes les souffrances de Gaza et nous hantent jour et nuit, nous avons l’impression que quoi que nous fassions c’est faux. Seigneur, aide-nous à ne pas devenir insensibles à la douleur. Nous t’en prions, transforme notre douleur en zèle pour produire des actes de justice, et rends-nous fermes face aux épreuves et aux tribulations de toutes sortes. Dieu, aide-nous à nous rendre compte que les nombres de tués, de blessés et de déplacés à Gaza ne sont pas juste des chiffres mais des êtres humains créés à ton image. En ton nom, nous en appelons à toi : Sauve le peuple de Gaza ! Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Depuis le 7 octobre, au moins 300 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par les forces israéliennes et les attaques de colons, et beaucoup d’entre eux n’avaient même pas 25 ans. En Cisjordanie encore, les camps de réfugiés sont l’objet de raids par l'armée israélienne, et tous les Palestiniens y sont danger. Le nombre de ceux qui ont été incarcérés sans inculpation ni procès est monté en flèche, faisant d’eux tous des otages. L’impossibilité de pouvoir se déplacer, conjuguée à l’augmentation des actes de violence commis par les colons et l’armée israélienne, a causé d’immenses dégâts économiques en Cisjordanie.

Dieu des marginalisés, nous avons la ferme conviction que tu vois le mal et toutes les souffrances qui sont vécues en Cisjordanie. Ô Dieu, fais-toi connaître à notre peuple et interviens dans nos vies, individuelles et collective. Aide-nous à croire en toi en ce Noël, quand nous méditons sur ton incarnation et reprenons le chant de Zacharie : « Oui, il avait dit en parlant de nous : “J’arracherai tes enfants aux mains de leurs ennemis, alors ils pourront me servir sans avoir peur. Ils pourront être saints et justes devant moi tous les jours de leur vie” » (Luc 1,74-75). Oui, Seigneur, libère-nous de ces 75 années de colonisation de peuplement. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Selon un théologien de Bethléem, Netanyahou est le roi Hérode de notre temps

 Le chant des anges aux bergers de Bethléem était un message de résistance, nous dit Mitri Raheb, un ancien pasteur de Bethléem. Quand les Danois chantent la paix de Noël, ils feraient bien de se souvenir qu’il n’y a pas de paix à l’endroit où Jésus est né.

par Jens From Lyng, journaliste – Dans Kristeligt Dagblad 21 décembre 2023.


« Le roi Hérode était le Benjamin Netanyahou (actuel Premier ministre d’Israël) du passé, qui dans sa soif de sang a exigé que tous les enfants mâles soient tués parce qu’il avait peur de perdre son pouvoir », nous dit Mitri Raheb, qui a été pasteur à Bethléem. Photo: Maya Alleruzzo/AP/Ritzau Scanpix.

Il y a plus de tristesse de Noël que de paix de Noël ces jours-ci dans la ville de Bethléem où Jésus est né selon les évangiles. La ville qui se trouve en Cisjordanie occupée, à plus de 75 kilomètres du sud d'Israël frappé par un attentat terroriste le 7 octobre, en ressent les effets encore aujourd’hui.

La population palestinienne de la ville où Jésus est né n’est pas seulement témoin de ce que vivent ses concitoyens de Gaza bombardés et obligés d’abandonner leurs maisons, elle est elle-même, économiquement, victime de la réaction d'Israël. À Bethléem, la période de Noël est d’habitude la plus active de l’année, car le tourisme représente une part importante de l'économie de la ville. Mais à cause des routes bloquées et de la recrudescence de violence entre colons israéliens et Palestiniens de Cisjordanie, les touristes sont absents. Et les difficultés dues au chômage ont encore été exacerbées parce qu’Israël a annulé, suite à l'attaque, 130 000 permis de travail de Palestiniens.

Il n'y a pas beaucoup de raisons de se réjouir dans la Cité de David, et cela peut sembler paradoxal aux Danois qui chantent des chants de Noël où il est question de paix et qui associent volontiers la fête à un sentiment de joie et de sécurité », nous dit Mitri Raheb, le théologien palestinien qui a publié le plus grand nombre de livres et d'articles et qui était jusqu'en 2017 pasteur à l'église luthérienne de Noël à Bethléem : « Cela fait 75 ans que la Palestine n'a pas connu la paix, ce n'est rien de nouveau pour nous. Mais beaucoup de Danois pourraient être surpris par cela, nous dit-il, car dans la plupart des pays occidentaux Noël est associé à la paix ».

Noël, c'est résister

Le message de Noël n'est pas si simple que cela, estime Mitri Raheb, qui est aujourd'hui président de l'université Dar al-Kalima de Bethléem qu'il a lui-même fondée. Les gens comprennent souvent mal un passage important de l'évangile de Noël, estime-t-il : « Quand les anges ont chanté « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour les hommes, ses bien-aimés » aux bergers qui se trouvaient là dans les champs, c'était en fait un message de résistance. Car c’est à Dieu que le chant rend gloire, et non à César ou à l'empire avec toutes ses forces militaires. Non, c’est à Dieu que nous rendons gloire à Dieu ! Pas à un empire construit sur l'oppression militaire, mais à un empire construit sur la dignité, l'égalité et la justice » nous dit-il, sans cacher qu'il considère l'État d'Israël comme le pendant moderne de l'Empire romain du temps de l'évangile de Noël.

Vague de prière pour le jeudi 21 décembre 2023

Alors que la violence à Gaza continue de s'intensifier et qu’il y fait de plus en plus froid, de fortes pluies ont provoqué des inondations qui aggravent encore la crise humanitaire. L'UNRWA a déclaré que ses abris du centre et du sud de la bande de Gaza destinés aux personnes déplacées à l'intérieur du pays en accueillent plus de neuf fois leur capacité maximale, avec 1,9 million de personnes déplacées à l’intérieur de ce territoire. Comble de misère, la propagation des maladies s'est accrue. Les autorités sanitaires ont recensé 360 000 cas de maladies infectieuses dans les divers lieux d’accueil : diarrhée, grippe, méningite… Et 1 500 cas de maladies intestinales dues aux pénuries alimentaires sont signalés quotidiennement, sans parler des problèmes d'hygiène tels que les poux.

Dieu Tout-Puissant, nous faisons appel à toi avec angoisse face aux souffrances et aux maladies que connaît ton peuple à Gaza. Combien de temps cela va-t-il durer encore, Seigneur ? Nous nous souvenons que tu es né humain parmi les humains, tu sais ce que c'est que d'éprouver de la douleur et de souffrir dans son corps. Apporte la guérison à tous ceux qui sont malades, et un toit à tous ceux qui cherchent un abri. Nous prions avant tout pour un cessez-le-feu et une guérison durable. Elle ne pourra advenir que quand Ta justice sera entièrement mise en œuvre. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Le 16 décembre, des soldats embusqués de l’armée israélienne ont tiré sur deux femmes chrétiennes, Nahida Anton et sa fille Samar Anton, et les ont tuées alors qu’elles se promenaient dans l’enceinte de la paroisse de la Sainte Famille à Gaza. Ils ont aussi tiré sur sept autres personnes qui essayaient de protéger ceux qui avaient cherché refuge à l’intérieur des bâtiments de la paroisse et les ont blessées. Plus tôt ce même matin, un char israélien avait tiré une roquette sur le couvent des Sœurs de Mère Teresa et l’avait endommagé, obligeant les 54 personnes handicapées qui y vivaient à chercher refuge ailleurs.

Dieu Tout-Puissant, nous sommes bouleversés par la mort de Nahida et de Samar, et ne trouvons pas de mots pour exprimer notre chagrin et notre indignation. Tu pleures certainement toi aussi maintenant avec les familles de ces martyres, et nous-mêmes nous nous accrochons à ces paroles que Matthieu nous rapporte de toi : « Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés ». Réconforte les chrétiens de Gaza qui continuent de chercher refuge à la paroisse de la Sainte Famille, et viens en aide à tous les handicapés que l'attaque a obligés de quitter le couvent. Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.

Du 11 au 14 décembre, l'armée israélienne a mené un raid à Jénine dans le nord de la Cisjordanie, au cours duquel 12 Palestiniens ont été tués, 34 blessés et plus d'une centaine arrêtés. Depuis le 7 octobre, 271 Palestiniens dont 69 enfants ont été tués en Cisjordanie, et plus de 3 481 y ont été blessés par les forces israéliennes et les colons.

Dieu Souverain, nous prions pour que ton réconfort aux familles de celles et ceux qui ont été tués se manifeste par l’instauration d’une justice véritable et durable. Que ta puissance mette fin à toute forme de violence. Nous croyons que tu es source de toute justice et de toute bonté, et nous aspirons à te voir « gouverner le monde avec justice et les peuples selon Ta loyauté » (Psaume 96,13). Seigneur, dans ta miséricorde, entends notre prière.