mardi 14 octobre 2014

14 octobre 2014 - La Marche de Jérusalem

5 “vierges” défient 5000 marcheurs sionistes chrétiens à Jérusalem.

14 octobre – Parmi des troupes de l’armée israélienne lors de la Marche de Jérusalem annuelle défilait cette année un groupe pittoresque et bruyant de sionistes chrétiens internationaux. Brandissant les drapeaux de leurs pays, revêtus de leurs costumes nationaux et portant des pancartes en diverses langues dont l’hébreu, ils couvraient les spectateurs de bénédictions et de vœux – avec des propos particulièrement élogieux à l’adresse des policiers et des soldats lourdement armés alignés le long du parcours du défilé. “Dieu bénisse les Forces Israéliennes de Défense (IDF) !” et “Nous aimons les IDF !” ponctuaient des expressions plus générales d’amour pour Israël.

Et une fois de plus, lors de la marche de cette année comme les années précédentes, des chrétiens palestiniens ont tenté de façon créative de toucher la conscience de ceux qui soutiennent souvent de façon aveugle Israël tout en ignorant ou en déformant la position palestinienne qui demande pour le peuple palestinien liberté et droits humains conformément au droit international. Des membres de Sabeel, centre chrétien palestinien de théologie de la libération, avaient mobilisé des militants locaux et internationaux pour offrir des “cadeaux” dans leurs propres costumes aux chrétiens sionistes qui défilaient dans Jérusalem Ouest.

Vêtues en fiancées, cinq “vierges” distribuaient des milliers de tracts qui contestaient la théologie d’exlusion des marcheurs. Ce militantisme créatif s’inspirait de la lecture de l’Évangile de Matthieu au chapitre 25,1-13 qui est cette année le sujet des méditations du Dr Jürgen Büler, directeur de l’Ambassade Chrétienne Internationale à Jérusalem (ICEJ), à l’occasion de la Fête des Tabernacles. C’est l’Ambassade Chrétienne Internationale à Jérusalem qui organise chaque année la Marche de Jérusalem.
Les “vierges” portaient aussi des lampes à huile et offraient aux marcheurs 531 petites bouteilles d’huile d’olive des oliviers de Bethléem séparés de la ville par la barrière de séparation illégale d’Israël. Les 531 bouteilles d’huile symbolisaient le nombre de villages palestiniens vidés de leur population lors de la Nakba de 1948, à la création de l’État d’Israël.

Les tracts comportaient la déclaration suivante traduite en 25 langues :
La lampe rayonne de façon plus brillante si l’huile est pure ; purifiez la foi par une justice qui inclue les deux peuples de cette terre.”

Dans Matthieu 25 : 1-13, Jésus demandait à l’Église de se tenir prête avec de l’huile dans ses lampes. L’huile signifiait de bonnes actions, la foi, l’amour et toutes les vertus chrétiennes. Voilà pourquoi les “vierges” mettaient les marcheurs au défi de se montrer ouverts à tous dans la foi et de réaliser les bonnes œuvres de la justice et de la paix en faveur des deux peuples de cette terre.

Comme l’expliquait un militant chrétien palestinien, “Nous voulions leur offrir un cadeau qui conteste toute théologie qui exclue et avilit la moitié de la population de cette terre.”

Les sionistes chrétiens sont l’une des forces politiques les plus puissantes qui influencent aujourd’hui la politique internationale à l’égard d’Israël et de la Palestine. Fortement influencés par une théologie apocalyptique qui voit dans l’État d’Israël moderne l’accomplissement d’une prophétie biblique, ils bénissent ses actions militaires et l’expansion de ses colonies comme la preuve du projet de Dieu pour hâter le retour de Jésus sur terre.
Pourtant, beaucoup de juifs, israéliens ou autres, sont troublés par les convictions de certains sionistes chrétiens qui considèrent Israël comme une sorte d’enjeu d’une bataille de la Fin des Temps qui verra des Juifs se convertir en masse tandis que les autres seront anéantis.

Les tracts distribués aux marcheurs faisaient aussi référence à un passage (Actes 1 : 6-7) de la Bible chrétienne où Jésus se montrait désolé de la question de ses disciples : “Est-ce en ce temps-ci que tu vas restaurer la royauté en Israël ?” La réponse de Jésus c’est que la restauration de la royauté en Israël n’était pas l’important : il avait un meilleur projet pour l’Église. Le projet de Jésus ne concernait pas une nation particulière, mais le monde entier. C’était un projet de rédemption, de justice, d’égalité et d’intégration. Autrement dit, la réponse à “Nous en approchons-nous ?” est “Non, nous n’allons pas du tout vers là, c’est la réalité.”

Bien que popularisé par des best-sellers, le sionisme chrétien reste étranger à la doctrine des confessions chrétiennes les plus traditionnelles. Pourtant, cette théologie naguère marginale a exercé une influence considérable dans le champ politique sous la forme d’un groupe particulier d’intérêts capable de mobiliser un électorat essentiel et d’importants apporteurs de dollars. Par exemple, selon les sondages, très peu de Chrétiens des États-Unis (ou de juifs, en la matière) déterminent leur vote sur la base du soutien à Israël. Cependant de tels groupes contribuent à renforcer la conviction chez les candidats que la critique d’Israël ne peut que constituer un handicap électoral, alors qu’il y a peu à gagner au plan politique en prenant la défense des droits palestiniens.

Les tracts recommandaient aussi trois sites web : www.sabeel.org, www.kairospalestine.ps (des mouvements d’union de chrétiens palestiniens de résistance à l’occupation israélienne qui soutiennent l’action BDS de boycott, désinvestissement et sanctions), et www.christianzionism.org, un site qui conteste concrètement la théologie du sionisme chrétien.

Alors qu’on ne sait pas bien dans quelle mesure cette action symbolique touchera les cœurs ou les esprits des participants à la Marche de Jérusalem de cette année, il reste que les militants se sont livrés à une importante manifestation publique qui va se répercuter très au-delà des rues de la marche de Jérusalem Ouest. Ils affirment l’existence d’Églises palestiniennes qui luttent face à la réalité d’une occupation que beaucoup de leurs soeurs et de leurs frères du monde ont encore à regarder en face.

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