mercredi 23 mars 2016

ASSEMBLÉE DES ORDINAIRES CATHOLIQUES DE TERRE SAINTE, 21 MARS 2016



Dans un rapport publié le 8 mars 2016 par le célèbre Pew Research Center (Centre de recherche américain) sous le titre “Israel’s Religiously Divided Society” (“La société d’Israël divisée sur le plan religieux”), il apparait que près de la moitié de la population juive israélienne soutient l’idée d’expulser ou de déplacer les arabes hors d’Israël. En réaction, le Président de l’État d’Israël Reuven Rivlin a insisté pour que les “décideurs d’Israël soient mis en face de cette enquête”, et il a déclaré qu’elle “doit servir de signal d’alarme pour la société israélienne, afin de susciter examens de conscience et réflexion morale.” (Times of Israël du 8 mars 2016). L’étude a montré que la société israélienne est profondément divisée au plan social, politique et religieux. Elle a montré qu’Israël aujourd’hui est moins démocratique, moins égalitaire, moins libre que jamais.
Le rapport montre que l’une des principales questions auxquelles est affrontée la société israélienne concerne l’occupation israélienne de la Palestine et l’avenir du processus qui devrait finalement aboutir à la justice et à la paix pour les Israéliens comme pour les Palestiniens. En attendant, la résistance palestinienne continue, qualifiée de “l’intifada des couteaux”. Cela fait cinq mois que cela dure au cours desquels plus de trente Israéliens, quatre internationaux, et plus de cent quatre-vingt Palestiniens ont été tués. Les deux tiers des Palestiniens ont été abattus alors qu’ils attaquaient, à ce que l’on prétend, des Israéliens tandis que les autres ont été tués lors d’affrontements entre des jeunes et l’armée israélienne.
Nous continuons à crier comme les prophètes “jusqu’à quand Seigneur” (cf. Habakuk 1, 2 – Zacharie 1, 12 – Apocalypse 6, 10). Nous répétons, une fois de plus, qu’en tant que disciples du Christ nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne. La violence est violence et ne fait qu’engendrer plus de violence. Nous qui sommes créés à l’image et à la ressemblance de notre Père, devons apprendre une autre voie de résolution du conflit.  
Pourquoi ce conflit s’est-il prolongé aussi longtemps ? Est-il réellement si compliqué ? Les juifs de Palestine et du monde entier ont réussi à constituer un État en 1948 sur 78% du territoire de la Palestine. Les Palestiniens n’ont pas réussi à constituer un État. En 1967, Israël a occupé le reste de la Palestine, les 22% restant. Ces territoires sont encore occupés, encerclés ou assiégés. Un État palestinien n’existe que sous forme de rêve. Un grand nombre d’Israéliens déclarent qu’ils ne veulent pas être des occupants et les Palestiniens exigent une fin à l’occupation.
L’arrêt de l’occupation dépend largement de l’occupant. Pourquoi Israël n’agit-il pas pour mettre fin à l’occupation ? C’est seulement la fin de l’occupation qui mettra enfin un terme à la violence, à la violence de l’occupant comme à celle de l’occupé.
L’occupant parle de la provocation suscitée par l’occupé. Cela peut-il réellement justifier le maintien de l’occupation ? Ce qu’ils appellent provocation comprend ce que les parents disent à leurs enfants de l’histoire de leur peuple, des origines et du développement toujours actuel de l’exil palestinien. Les Palestiniens disent en effet à leurs enfants qu’Israël est l’ennemi, et les Israéliens disent exactement la même chose à leurs enfants. C’est triste, mais nous sommes en guerre. De toute façon, ce n’est pas la provocation qui est la cause fondamentale du problème.  
La cause première du problème est l’occupation, qui est la privation de liberté et de dignité humaine. La seule façon de mettre un terme à ce que l’on considère comme de la provocation et à ce qui est enseigné aux nouvelles générations sur l’“ennemi” est de mettre fin à l’occupation. Seul l’occupant peut faire cela ! 
Il y a ceux qui parlent de paix et qui recherchent le dialogue. Il y a ceux, des deux côtés, qui malgré tout refusent de cesser de rêver. Nous les accueillons chaleureusement et nous les embrassons. Pourtant, sur le terrain, des décisions se prennent qui renforcent la séparation, la discrimination, l’exclusion et l’exil. Malgré les paroles d’espoir de certains, les lois, les décisions militaires, la démagogie de politiciens, les assassinats, les arrestations, les confiscations de terres, les séparations des familles et les frustrations quotidiennes ont conduit au désespoir et à l’explosion de violence, en particulier chez les jeunes qui sont persuadés qu’ils n’ont rien à perdre, parce qu’ils ne se voient aucun avenir.
Nous sommes appelés à nous exprimer encore et encore. Nous n’avons de force ni politique ni militaire, mais nous avons des voix dont nous devons nous servir pour nommer les choses par leur nom et pour faire appel à la responsabilité. Nous avons la responsabilité de rappeler à tout un chacun que nous sommes tous des êtres humains. Nous pleurons chaque mort par violence, des deux côtés. Il nous faut constamment redonner vie au rêve qu’il peut y avoir une paix et une justice pour tous. Nous croyons en un royaume de Dieu qui est déjà parmi nous et qui ne s’est pas encore manifesté. Dans ce royaume, il n’y a aucun ennemi, mais seulement des frères et un Père aimant. Dans ce royaume, il n’y a pas de frontières, ni de murs ni de clôtures mais seulement une terre sacrée dans laquelle les gens parlent de paix les uns avec les autres. Nous refusons de garder le silence et nous refusons de cesser d’espérer.
L’Assemblée des Ordinaires de Terre sainte a été créée à l’initiative du Délégué apostolique à Jérusalem pour stimuler l’unité au sein de l’Église de Terre sainte. Il comprend les Ordinaires catholiques des divers rites dont la juridiction s’étend au territoire de la Terre sainte. Le Saint Père, le pape Jean-Paul II, en a approuvé les statuts le 27 janvier 1992. Elle vise à coordonner à la fois le témoignage de l’Évangile et le service de la communauté, à étudier les problèmes communs, à encourager les échanges d’information et d’expérience, et à créer des programmes pastoraux communs pour le bien de toute l’Église.

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